De grâce…

Nous avions souhaité épargner le lauréat du Prix de Flore 2020 – ce qui aurait d’ailleurs dû nous faire réfléchir – mais finalement on regrette ; et ce n’est pas parce que Thibault de Montaigu a écrit sur l’art de la masturbation, et donc sur sa propre expérience issue d’une pratique semble t-il assidue, que son nouveau livre mérite qu’on se caresse en le lisant. Non. C’est le sujet proposé dans la 4ème de couverture qui nous a paru intéressant à traiter, littérairement s’entend. C’est donc avec curiosité que nous avons commencé notre lecture, tout en espérant que la propension de Thibault de Montaigu à se faire passer pour un dépravé (le fameux cocktail sexe, drogue et Didier Barbelivien) soit moins évidente dans cet opus que dans les précédents de ce jeune-homme de vachement bonne famille.

Le sujet de La Grâce est le suivant : comment, et si peu pourquoi, un jeune-homme complètement obsédé par son nombril et ce qu’il y a dessous, l’esprit entièrement accaparé par l’enquête qu’il mène sur un meurtrier supposé et disparu notoire (en l’occurence le fameux Dupont de Ligonnes, fervent catholique au demeurant) peut-il se retrouver pris dans le tourbillon de LA révélation, au sein même d’un monastère, alors que franchement, à peine guéri d’une dépression, « ça aurait été sympa de me laisser un peu peinard ». L’autre idée du livre, une fois le cas Dupont de Ligonnes expédié dès les premières pages (il faut admettre qu’on ne voit pas trop ce que l’inspecteur Montaigu aurait pu trouver de plus que des enquêteurs plus chevronnés), c’est d’évoquer la vie de l’oncle de l’auteur qui (lui aussi ! Bon sang ! Vous vous rendez compte ?) a été touché par la grâce après une vie dissolue et surtout en faisant pipi sur le bord d’une route comme quoi, comme aurait pu dire le Professeur Choron : « la Foi, c’est plus ce que c’était, et même que c’était mieux avant… »

Bien sûr, pour qu’un tel livre fonctionne, il faut déjà jouer le jeu. C’est-à-dire ne pas dès le départ considérer que Dieu n’existe pas et que les salariés de la religion, en l’occurence dans le livre les catholiques, sont les rois du marketing puisqu’ils ont réussi à vendre un produit qu’ils ne livreront jamais. Non. Il faut pour les septiques, c’est-à-dire les personnes de mauvaise foi, un minimum d’empathie à l’égard de ceux qui baissent les yeux en direction du sol parce qu’ils pensent que du ciel on les regarde de haut.

Alors évidemment, peut-être, et même sûrement, que nous aurions dû rester fidèle à notre principe, celui qui consiste à arrêter de lire au delà de la première page un livre qui, dès la première page, nous informe qu’il a été écrit le coude à la portière. Avec Thibault de Montaigu il suffit d’attendre d’ailleurs la sixième ligne pour commencer à douter de l’intérêt de le lire : « … aux fauteuils toussotant de poussière… » ; tout en sachant que la poésie n’est pas sa seule compétence puisqu’il suffit de patienter jusqu’à la ligne 24 pour qu’il fasse étalage de toute sa culture et de sa créativité à travers ce si fameux cliché, pour lequel Guillaume Musso a pourtant exigé que dorénavant, en tant que premier producteur européen du cliché éculé, il soit rémunéré en droits d’auteur : «  …était comme un poisson dans l’eau… » Mais non. Nous n’avons pas abandonné. Nous avons insisté. Nous étions décidés à épargner ce livre alors nous nous sommes raccrochés à notre curiosité initiale. Et puis surtout nous voulions obtenir la réponse à notre question, nous avions payé pour ça : Comment Thibault de Montaigu va t-il nous décrire cet instant qui fait d’un septique un croyant, et comment cela se ressent intimement ?

On n’a pas été déçus…

Si le sujet est passionnant c’est notamment parce que deux personnages illustres sont déjà « passés là » ; qu’ils sont les « preuves vivantes » que la grâce, ou la foi, ou la révélation, ça peut tomber sur un coin du crâne comme ça et sans prévenir. Le premier, c’est Paul de Tarse, ou Saint Paul pour les intimes de la Bible, qui est tombé de cheval sur la route de Damas et qui après quelques jours d’aveuglement, alors que jusque-là c’était un sale type qui persécutait les disciples de Jésus, s’est proclamé apôtre du fils de Dieu. Le deuxième, c’est Paul Claudel qui s’est considéré « choisi » par Dieu près d’un pilier de Notre Dame ce qui ne l’a pas empêché de laisser sa sœur Camille mourir seule dans un asile et d’abandonner sa dépouille dans une fosse commune pendant que sur le granit de son propre tombeau il faisait graver : Ici reposent les restes et la semence de Paul Claudel… ; selon l’adage plus populaire que chrétien que toute charité bien ordonnée commence par soi-même.

Sachez que le fameux instant de grâce vécu par l’auteur, qui donne quand même son titre à son témoignage, représente seulement quelques lignes dans le livre, et la raison en est simple : c’était le plus compliqué à écrire. Alors n’en voulons pas à Thibault de Montaigu de préférer nous raconter des moments très précis de la vie sexuelle de son oncle que de passer du temps à nous évoquer son propre moment de grâce, on le comprend, c’est plus facile de traiter le sujet qui concerne une « putain de tantouze », d’un obsédé « qui lève des inconnus dans les jardins publics », que celui de comment Dieu vous a pénétré.

Voici d’ailleurs en quelques phrases ce qu’a ressenti Thibault de Montaigu au moment d’être choisi par Dieu, vous verrez, ça donne surtout envie de croire au Père Noël… Pour info, les citations issues du livre du futur évêque de Montaigu sont en bleues comme le ciel.

« Mon corps perdait ses contours… Même le sol sous mes pieds semblait s’être effacé… »

Notre avis : il est intéressant de noter que si Thibault de Montaigu a donc vécu ce moment unique de la disparition non pas de son corps mais de sa périphérie, cette perte ne concerne pas ses pieds.

« Alors j’ai senti en moi un point… »

Notre avis : au point où il en est tout est effectivement possible. Mais cet indice est important, car si dans la journée vous ressentez quelque part en vous l’apparition d’un point dites vous que c’est peut-être Dieu qui cherche à vous dire quelque chose.

«  Dieu était là, à l’intérieur de moi… »

Notre avis : ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, a dit Boileau, alors pourquoi chercher à compliquer la littérature, à convoquer de grandes phrases pour évoquer un constat finalement assez facile à décrire ? Dieu est à l’intérieur de Thibault de Montaigu, un point c’est tout, ne cherchez pas plus loin puisque c’est écrit dans son livre. Il suffit pour cela d’admettre que pour jouer du violon, il faut savoir, mais que pour écrire un roman, c’est pas utile.

« Je me sentais littéralement déchiré de joie… »

Notre avis : Thibault de Montaigu précise « littéralement » ce qui signifie selon le Larousse : « à la lettre, dans un sens strict ». Donc, et puisque toujours selon le Larousse, le verbe Déchirer est ainsi défini (quand il ne concerne pas un morceau de papier) : « Blesser superficiellement une partie du corps en arrachant un peu de peau » on pose une question à l’auteur : « Mais comment tu peux être déchiré de joie puisque tu n’as plus de contours ? » Nous entendons déjà le chef du syndicat des auteurs un peu nuls me répliquer qu’il faut comprendre que tout ceci est symbolique, que c’est l’âme de Thibault de Montaigu qui se déchire, mais ça nous obligerait à définir ce qu’est justement « l’âme » et puisque selon le philosophe de Montaigu une machine à laver en est dotée (c’est ce qu’il écrit dans son livre, on n’invente pas : « La machine à laver a rendu l’âme ») ; nous préférons ne pas passer pour des incultes.

Alors, nous demanderez-vous, pourquoi après tout cela continuer de persister à épargner ce livre ? Par crainte d’être envoyé en enfer ? Pas du tout. Ce que nous considérons respectable dans le projet littéraire (ne riez pas c’est un péché) de Thibault de Montaigu c’est d’avoir poussé le vice, ou plutôt la conviction, de proposer à ses lecteurs de tester leur foi à chaque page, en l’occurence en s’inspirant de ce précepte chrétien imparable : Si on te gifle il ne faut pas répliquer mais tendre l’autre joue ; et avec Thibault de Montaigu, ce ne sont pas moins de 368 gifles que vous recevrez (mais rassurez-vous, en version poche il y aura moins de pages).

Patauger dans la rivière

Il faut imaginer la scène, elle doit se passer dans un bureau de Saint-Germain, tous les employés ont été conviés à prendre une journée de repos, il faut que personne n’écoute aux portes, l’heure est grave, l’ordre du jour a été rédigé par un jeune stagiaire, en quelques mots il est dit : « Trouver un terme qui fasse intelligent pour arrêter qu’on critique les écrivains qui parlent que d’œufs ». Evidemment que le jeune stagiaire aurait dû écrire « d’eux » mais comment à 22 ans, quand on a mis la littérature plus haut que la « bandes-dessinées » et Hara-Kiri, imaginer qu’il existe encore des écrivains qui n’ont pour seul sujet de conversation : leur nombril.
Alors bon, revenons à cette réunion et saluons celui qui a proposé le terme d’« auto-fiction » et regrettons que Gilbert, qui a toujours le mot pour rire pourtant, n’ait pas osé proposer « autophilie du stylo » ou « onanisme du clavier ».
Vous l’aurez compris, quand un écrivain considère que c’est dans son nombril que tous les théorèmes de l’univers sont regroupés, on parle d’« auto-fiction » et non pas de satisfaction de soi ou d’égo démesuré.
Alors bien sûr, j’entends déjà les défenseurs de certains écrivains, prenons par exemple au hasard Bernard Werber, affirmer qu’il ne fait pas dans l’auto-fiction ; ou d’autres me rétorquer que dans toute œuvre littéraire l’écrivain y met une part de soi. Je leur répondrais qu’ils ont raison. Qu’il faut être un ignare pour ne pas savoir que Victor Hugo, dès son plus jeune âge, se roulait dans les ruisseaux, le nez en premier, pour chanter des chansons sur Voltaire (qui rime avec terre), et que la maman de B. Werber lui demandait d’aller faire sa sieste dans une fourmilière, mais dépassons ce débat éculé (qui peut se résumer par la célèbre phrase de Flaubert, « madame Bovary c’est moi ») pour nous concentrer sur l’un de nos plus célèbres directeurs de RTL, celui qui s’est fait une spécialité de son nombril, le parolier le moins connu de Johnny Hallyday, le seul metteur en scène du cinéma français qui a réussi à interdire à Belmondo de faire des cascades, je veux parler de Philippe Labro.
Pourquoi citer ce monsieur (vous avez remarqué, j’ai pas dit écrivain) pour évoquer l’« auto-fiction » ? Parce qu’après avoir parlé de sa jeunesse, de son adolescence, de ses réussites, de ses parents, de ses enfants et surtout de sa dépression nerveuse, sous le titre d’abord refusé de « Martine à la plage malgré sa dépression », Philippe Labro a décidé de ne plus parler de lui. Enfin, pour être plus précis, dans J’irais nager dans plus de rivières, qui est un très joli titre peut-être parce qu’il est emprunté à Jorge Luis Borges (la suite étant : « Si je devais revivre ma vie ») notre ancien journaliste nous propose selon B. Lehut (un employé modèle de RTL) : « …un traité de sagesse… » tout en sachant que le précepte de P. Labro, qui n’est ni Gandhi ni le Dalaï-lama, se résume à apprendre à vivre en se regardant moins le nombril.
Après donc avoir parlé de lui, à travers lui, dans ce livre Philippe Labro a décidé de parler de lui à travers les autres. Je conseille d’ailleurs à ceux qui ne l’ont pas vu, le visionnage de son passage dans l’émission de divertissement animée F. Busnuel, qui pour l’occasion avait rajouté une bague de plus à ses doigts, pour non pas entendre P. Labro nous donner des leçons de modestie mais pour assister au savoureux échange entre lui et Laure Adler qui lui reprochait de ne pas assumer le fait qu’il était vieux (moment mémorable : regardez bien le visage décomposé de P. Labro quand Laure Adler le traite de vieillard) ; avec notamment ces répliques dignes d’une pièce de théâtre de Molière (sans les rimes) qui n’a pas été égalé pour se foutre de la gueule du genre humain et de son nombril : 

– Philippe Labro, vous n’êtes pas mal physiquement…
– Vous non plus ma chère.
– Mais Clint Eastwood il est pas mal non plus…
– Même très bien, oui.
– …

Alors bon, me demanderez-vous : «  Vous l’avez lu ce livre ? », et je vous répondrais : « Bien sûr, mais je me suis arrêté à la première page » Certains vont encore me reprocher : « Mais comment pouvez-vous critiquer ce livre sans le lire ? » ; alors je leur réponds (au présent maintenant pour pas s’emmêler les pinceaux entre futur et conditionnel) qu’il suffit de lire la première page du livre de P. Labro pour affirmer que ce qu’il cherche à nous dire dans son livre, dans ce traité de sagesse (je vous interdis de rire), à savoir qu’en vieillissant il est devenu plus sage et moins orgueilleux, et qu’il faut pour « réussir sa vie » détruire « toutes parts de comédie… » et rester humble, surtout à quelques encablures du grand voyage (rappelons que P. Labro a 84 ans mais qu’il sort beaucoup moins vite son révolver que Clint Eastwood qui en 90) ; eh bien moi je dis que P. Labro a raison mais qu’il n’arrivera pas à me faire croire qu’il a réussi à se rapprocher de la sagesse parce que la preuve je la détiens, et qu’elle est justement lisible dès la première page.

Dans cette première page, P. Labro nous parle d’une enfant de 6 ans (sûrement la sienne) qui par deux fois vient le voir en lui disant : « Protège-moi » alors qu’ils sont sur une plage. P. Labro nous dit qu’ensuite l’enfant tombe malade, et il se reproche donc de ne pas avoir compris ce que lui demandait cette enfant. Il écrit même qu’il pensait qu’elle « exprimait un besoin de caresses… » et non l’intuition de la maladie. C’est-à-dire que voilà, quand P. Labro était un jeune père de famille, quand sa fille lui répétait « protège-moi » il pensait « caresse-moi »… Comment voulez-vous après avoir lu ça que je m’inflige le supplice de lire ce traité de philosophie du parolier de Johnny Hallyday ? Un traité qui est à la sagesse ce que les pâquerettes sont à l’art floral.

Mais parce que c’est Noël et qu’on m’a demandé d’être charitable, je vais dire que P. Labro a eu la chance, ou le mérite, de vivre une vie rêvée (pour rester dans la sphère publique), qu’il a été payé pour voyager, rencontrer des personnalités rares, et que maintenant il devrait arrêter de chercher à donner des leçons ou à nous parler de son nombril. Qu’il aurait dû faire comme un vrai écrivain qu’il admirait, Roman Gary en l’occurrence, qui plutôt que d’écrire un traité de sagesse a préféré résumer sa vie en une phrase : « Je me suis bien amusé » 

Quand Tique

Les amis de la physique quantique estiment possible de modifier l’espace temps en forçant les étudiants à écrire moins bien que Guillaume Musso ce qui provoquerait un stress cérébral apte à dérégler les fuseaux horaires et peut-être même à remettre les pendules à l’heure, non pas uniformément dans l’univers, mais au moins dans le monde des lettres.

Un comité scientifique, composé d’éminents spécialistes nommés par la société qui a accepté d’être un mécène très actif, en l’occurence l’entreprise familiale Raynal & Roquelaure, spécialiste reconnu de la daube à bon marché, a proposé une liste de phrases qui devront être l’objet d’une ré-écriture devant les conduire vers plus d’idiotie.

Les voici, toutes tirées du livre Skidamarink :

« Cette nuit-là, moi qui ne crois en rien, j’ai parlé aux étoiles »

> Conseil pour faire pire : peut-être en élargissant la discussion aux planètes.

« Pour d’obscures raison, elle ne voulait pas que notre histoire se résumât à une simple liaison sexuelle. Au début je crus qu’elle voulait tester la profondeur de mon amour »

> Conseil pour faire pire : conjuguer l’aspect sexuel et la profondeur était déjà risqué, faire pire sera compliqué…

« Le sexe ne m’avait pas rapproché des femmes que j’ai connues »

> Conseil pour faire pire : l’auteur n’a pas osé écrire « mon sexe », pour faire pire osez le faire ! Peut-être même en évoquant la distance à combler (une réponse en centimètres est préconisée).

« Dans l’un des tiroirs de mon bureau, j’ai retrouvé un petit pistolet que m’avait légué mon grand-père, une antiquité datant de la dernière guerre. J’ai mis quelques balles dans le barillet puis j’ai enfoncé dans ma bouche le canon froid. Juste pour voir l’impression que cela me ferait. Bien que l’arme n’eût plus servi depuis des années, en respirant par la bouche, je pouvais encore sentir sur mes lèvres la saveur amère de la poudre. Depuis, je n’ai plus jamais été le même. J’ai vraiment été à deux doigts de tirer, cherchant presque en vain une bonne raison de ne pas le faire. Tout à coup, je me suis revu enfant, avec le pouce dans la bouche et mon hippopotame bleu en peluche dans l’autre main. »

> Conseil pour faire pire : comparer le pouce de l’enfant au canon du révolver, c’est fait, mais alors qu’elle est la symbolique de l’hippopotame bleu ? Voilà une piste intéressante de travail.

POUR INFO : Un syndicat d’étudiants s’est rapidement formé pour dénoncer l’impossibilité de faire pire mais parce que pas grand chose ne peut faire reculer la science, il a été décidé de confier cette mission de ré-écriture aux pensionnaires d’un l’asile d’aliénés.

Le docteur Rambert, le chef du service qui a accepté de se prêter au jeu, a quand même déclaré : « On va leur demander l’impossible, à mes zinzins, mais bon, on va bien voir si mal écrire n’est réservé qu’à certains écrivains. Et puis, si l’objectif de cette expérience est de tenter de dérégler l’espace temps, il ne faut pas hésiter, au vu du contexte actuel… » 

Changer l’eau en vain

Ce pilonnage rapide et efficace aura pour cible le livre de Valérie Perrin (Perrin…. Comme le Perrin des films comiques de Francis Veber, vous vous souvenez ? Le grand blond avec une chaussure noire, très drôle.  On vous dit tout ça alors qu’on ne sait pas si Valérie Perrin est une grande blonde* avec une chaussure à talon noire mais ce qu’on sait c’est qu’elle est aussi efficace en littérature que François Perrin l’était en espionnage) ; mais revenons à ce livre au titre évocateur Changer l’eau des fleurs.

Déjà, le premier conseil que l’on pourrait donner à Madame Perrin c’est qu’après avoir changé l’eau des fleurs, il faudrait aussi qu’elle pense à changer les phrases de son livre.
Voici d’ailleurs quelques exemple pris au hasard dès la première page.
Notamment celle-ci :

« J’ai poussé très droit comme si l’absence de parents m’avait mis un tuteur sur la colonne vertébrale »

car elle provoque le besoin de se questionner afin d’imaginer ce qu’il serait arrivé à notre héroïne si l’absence de parents avait placé le tuteur un peu plus bas. En botanique, un tuteur est un piquet servant à soutenir une plante lors de sa croissance, pourquoi on vous rappelle ça ? Pas seulement parce que le titre du livre évoque les fleurs, mais surtout parce que l’héroïne s’appelle… (roulements de tambours)… Violette ! Parfaitement ! Et c’est alors que nous devons prévenir les personnes non familiarisées avec les théories de la physique quantique ou de la fusion atomique de ne pas lire ce qui va suivre car cela risque de perturber leur vie sociale pour plusieurs décennies (on se permet de dire ça car Valérie Perrin semble faire partie, pour la majorité de nos contemporains, du clan très fermé des véritables écrivains, alors que pour nous elle serait plutôt l’égale d’un Einstein de l’écriture qui aurait inversé E avec MC2). Pour les autres, les plus intrépides, si vous êtes toujours là, alors suivez-nous, c’est par là que ça se passe…

Donc, vous vous rappelez… Le livre s’appelle Changer l’eau des fleurs, la narratrice possède un tuteur dans le dos et son prénom c’est Violette. Eh bien dites-vous bien que rien ne vous sera épargné, et que son nom de famille c’est… Toussaint ! Parfaitement ! Pourquoi on vous dit tout ça ? Parce que vous savez comme nous ce qui se passe à la Toussaint, dans tous les cimetières de France et donc d’Alsace-Lorraine ? On fleurit les tombes… Très bien. Alors, écoutez la suite, écoutez ce que notre physicienne en herbe a fomenté dans son réacteur à particules mentales… Elle n’a rien trouvé de mieux que de donner comme travail, à sa Violette, celui de gardienne de cimetière… On vous avait prévenus. Valérie Perrin ne prend pas ses lecteurs seulement pour des abrutis mais pour des chercheurs scientifiques. Et pour nous faire pardonner cette démonstration perturbante pour les personnes qui se passionnent pour les travaux de recherche du docteur Perrin on vous offre cette citation tirée de cette thèse sur l’eau des fleurs et des cimetières car elle démontre scientifiquement que le problème de pénurie d’eau potable dans le monde peut-être facilement résolu :

«  Je suis gardienne de cimetière, je ne bois que des larmes »

Ensuite, et si vous avez le courage de poursuivre votre lecture au-delà de la dixième ligne, vous trouverez cette autre phrase : « C’est un homme droit qui a la joie de vivre dans le sang » qui vous donnera, à vous aussi, « le droit » de vous demander d’où vient cette obsession de Madame Perrin pour les gens droits, qu’ils soient ou non équipés d’un tuteur sur la colonne vertébrale, et surtout quand on écrit à ce point de travers.
L’avantage avec ce genre de phrases c’est que vous pourrez ensuite imaginer – parce que même devant le vide abyssal il faut savoir ouvrir son parachute et déployer son sens de l’humour comme des ailes – ce dialogue entre un malade et son docteur :

– Nous avons reçu vos analyses de sang, alors j’ai deux nouvelles à vous annoncer… La mauvaise, c’est que vous manquez de globules blancs…
– Et la bonne ?
– Vous avez un taux de joie de vivre très élevé… Alors bien sûr, après ce que je vous ai annoncé, au sujet de vos globules blancs, votre taux de joie de vivre risque de baisser, mais rassurez-vous, on va surveiller tout ça de près, et le cas échéant on vous fera une perfusion…
– Une perfusion de quoi ?
– Eh bien de joie de vivre, dans votre sang…
– C’est une plaisanterie ?
– Bien sûr que non, je suis très sérieux… J’ai même imposé le port du masque à mes enfants pour manger leur goûter, c’est vous dire.
– Mais c’est des conneries tout ça ! de la joie de vivre dans le sang… Où vous êtes allé chercher ça ? Heureusement que je n’ai pas fait une analyse d’urine, vous imaginez le résultat ?
– Je vous trouve assez méprisant, cher monsieur…
– Mais enfin ! À la rigueur dans la tête, mais dans le sang…Franchement…
– Vous voulez que je vous dise ce que je pense ?
– Au point où on en est…
– Je pense que vous ne devez pas changer souvent l’eau des fleurs, vous.

*Après vérification, Valérie Perrin n’est pas blonde.

NB : Il semblerait que ce livre ait reçu en 2018 le prix Maison de la presse. On se demande bien ce qu’ils avaient pressé comme raisins le jour du vote.

Lagarde et la mère Michard

L’intérêt des livres de Guillaume Musso, et de La vie secrète des écrivains en particulier, c’est qu’ils sont truffées de citations de grands auteurs. Certaines mauvaises langues affirmant que si Musso parsème avec autant de conviction ses livres de belles phrases, qu’il n’aurait jamais su écrire, c’est parce qu’il fait un complexe. Il est vrai qu’une certaine critique est impitoyable non pas à l’égard de l’homme, qui semble ma foi très sympathique, mais de son œuvre. On lui reproche en vrac une propension à l’utilisation abusive des adjectifs pour compenser une incapacité à transcender son propos par le style, une accumulation de clichés tels que :

« Il fait un froid de canard »

…ou :

« Des gouttes de sueur perlaient sur ses tempes »

…ou le fameux :

« Son cœur battit la chamade »  

…sans parler de la niaiserie de ses intrigues.

Tout ceci est bien injuste à l’égard d’un écrivain, n’ayons pas peur des mots, qui à travers des livres lus dans le monde entier participe, quoi qu’en pensent certains, au rayonnement de notre savoir-faire qui, je vous le rappelle, n’a plus grand chose pour rayonner puisque le TGV est très vieux, le Concorde dans les musées aéronautiques et les centrales atomiques plus tellement à la mode.

La vie secrète des écrivains est donc d’abord avant tout une véritable synthèse de ce qui s’est écrit de mieux en littérature et c’est déjà pas si mal. Alors, me demanderez-vous, comment repérer plus facilement ces pépites ? C’est très simple, dès que c’est bien écrit ce sont des citations. 

Le maître du suce pinces

En hiver, on a des chances d’attraper un gros rhume. Pierre Lemaître, lui, il a attrapé le Goncourt. Cet événement lui est tombé dessus en novembre 2013, pour un roman intitulé Au revoir là-haut, et adapté au cinéma par le tragédien Albert Dupontel qui en a fait un film copie conforme, visuellement, d’Un long dimanche de fiançailles (2004) de Jean-Pierre Jeunet qui a au moins ce mérite d’avoir inventé un style. On ne va pas ici monopoliser l’artillerie lourde pour parler de la première page du livre qui a obtenu le prix Goncourt, qui est à la littérature ce que Jean-Pierre Pernaut est au journal de 13 heures, c’est-à-dire une institution, mais pilonner allègrement le roman Trois jours une vie.

Connu pour ses polars, avant d’être récompensé pour ses talents littéraires, Pierre Lemaître renoue ici avec ce qui n’a fait ni sa gloire ni sa fortune à savoir le roman policier. En général, avec ce genre de bouquin, le style a peu d’importance, le lecteur en veut pour son argent au niveau du suspense, mais on aurait pu penser que les livres qui seraient proposés après son prix Goncourt allaient suivre une pente ascendante en ce qui concerne la qualité littéraire, il n’en est rien. Pierre Lemaître confirme qu’il est plus fort à l’oral qu’à l’écrit, il vous suffira de l’écouter parler de lui ou de ses livres pour en être convaincu.

Attaquons-nous à la première page de Trois jours une vie, mais avant cela, et pour vous faire économiser de l’argent et de l’ennui, voici le résumé de l’histoire : un gamin tue un autre gamin à cause d’un chien, mais il perd sa montre « trop géniale » dans la fosse où il a jeté le corps, alors quand bien des années plus tard on parle de faire des travaux au même endroit il a peur qu’on trouve sa montre fluo « trop hyper cool » mais heureusement le voisin qu’il aime pas, et qui fait tellement peur à tout le monde qu’il va être soupçonné, a récupéré la montre, à l’époque (vous me suivez ?), et il la rendra au gamin qui n’est plus un gamin, et donc voilà, l’ancien gamin n’ira pas en prison mais ça reste un sale type. J’imagine la réaction d’Alfred Hitchcock si on lui avait proposé un synopsis pareil, il aurait répondu : « I’m not sœur Thérésa » ou un truc dans le genre. Je me permets cette fine allusion au maître du suspense sur grand écran car Pierre Lemaître fait une apparition dans le film tiré de son livre mais pas aussi modestement que Sir Alfred ; lui, il reste longtemps à l’écran, tellement longtemps que je crois qu’il joue un rôle, enfin je pense puisqu’il parle comme quand il parle à la télévision.

Alors venons-en aux preuves de destructions massives de la littérature et commençons tout de suite avec cette phrase qui est la première du roman : « à la fin de décembre 1999 une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval » Vous avez là tous les indices de la nullité à venir, c’est-à-dire quand un auteur utilise dans la même phrase les mots surprenant, événement et tragique ; le fait de sur-vendre ainsi ce qu’il va nous raconter est de très mauvaise augure pour la suite. Le pompon, c’est que ces trucs vachement surprenants et hyper tragiques s’abattent sur quelque chose ; parce que c’est bien connu, les événements s’abattent. Le Larousse indique qu’un événement « se produit, arrive ou apparaît » mais pour Pierre Lemaître non, ils s’abattent. Alors, comme on est en guerre mais qu’on reste charitable, on a essayé de comprendre et on a compris. Pierre Lemaître a situé l’histoire de son livre au moment de la tempête de 1999 qui a éradiqué de la surface du territoire un nombre important d’arbres. Il y aurait donc une logique, selon laquelle les événements s’abattent comme des arbres. Voilà, voilà.

L’autre phrase choisie dans cette première page est la suivante : « Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame… » Elle est intéressante car elle nous permet d’apprendre quelque chose de fondamental. Je vous conseille d’ailleurs de la retenir si vous voulez faire l’intéressant lors d’un prochain repas. Parce que si on en est encore à se demander si l’univers a un centre, et que l’on a définitivement abandonné l’idée que la terre ou le soleil pourrait être ce centre, Pierre Lemaître, lui, il a des convictions dignes d’un chercheur de la NASA. Il nous écrit par exemple que les drames ont un centre. Ce qui nous permet d’imaginer Dupontel donnant ses directives à l’acteur qui va jouer le rôle d’Antoine :

– Bonjour, je viens pour jouer dans le drame…

– Très bien, tu te mettras au centre.

Nous passerons assez rapidement sur la phrase : « Ce bâtard blanc maigre comme un clou » qui permet juste de vous démontrer que l’on peut avoir eu le prix Goncourt et écrire comme on parle pour nous intéresser au moment, toujours dès la première page, où la maman du petit héros « réprouve » quand son fils perd son temps à jouer à des jeux vidéos et finit par le lui interdire. Pierre Lemaître écrit, pour relater la réaction de l’enfant : « Antoine s’insurgea contre cette décision » à ce moment de l’histoire, Antoine a 12 ans, et même si l’auteur nous précise qu’il a découvert la masturbation un an plus tôt, on imagine mal un enfant, en plus de se masturber, avoir le temps de s’insurger. Il pourrait en vouloir à sa mère ou simplement s’opposer à elle, la supplier, mais non, il s’insurge. Voici d’ailleurs la définition qu’en donne le Larousse (pas du verbe masturber, de l’autre) : Manifester son hostilité, son profond désaccord à l’égard de quelqu’un, de quelque chose ; se dresser contre. Ex : s’insurger contre l’injustice, contre un dictateur. Tout est dit, la maman du garnement est un dictateur. Ce n’est pas un polar qu’on va lire, mais un pamphlet politique, un livre scientifique et un scénario pour la télévision française (qui vient de comprendre un peu tard qu’il vaut mieux copier NETFLIX que l’ORTF).

On va arrêter là notre pilonnage de cette première page de ce roman, c’est presque à chaque ligne qu’on pourrait faire un massacre, mais la vie nous propose tant d’autres plaisirs que notre temps est précieux…

Le syndrome du clignotant

Grégoire Delacourt est meilleur à l’oral qu’à l’écrit. Il suffit de l’écouter parler de lui et de ses livres pour s’en convaincre. Pour comprendre ce phénomène fascinant, qui fait d’un « beau » parleur un écrivain à la mode (beau est entre guillemets car tous les goûts sont dans la rature*), il faudra vous « plonger » dans la biographie de l’auteur (plonger est entre guillemets parce que dans les livres de Grégoire Delacourt le risque de noyade est réel). Mais parce que nous savons prendre soin des gens qui nous lisent, on a plongé pour vous, et on a compris pourquoi celui qui écrivait comme un « pied » pouvait être aussi fort avec la bouche (pied est entre guillemets parce qu’il y en a qui se perdent là où on pense) ; tout simplement parce que le monsieur est un professionnel de la publicité et, comme tous les professionnels de ce secteur d’activité, qu’il sait faire croire que ce dont vous vous étiez passé toute votre vie est en réalité un bien de consommation « courante »  de première nécessité (courante est entre guillemets car en lisant un livre de G. Delacourt on peut avoir mal au ventre). Pour rattacher cela à notre propos, disons que Grégoire Delacourt a réussi à faire croire que la littérature avait autant besoin de ses livres que ceux de Victor Hugo, ou plus proche de nous de ceux de Romain Gary/Ajar, ou encore plus proche de nous de ceux d’Elena Ferrante, ou bien plus proche de nous encore, de ceux de Virginie Grimaldi ; mais là on déconne. C’est ce qu’on appelle en conduite automobile le syndrome du clignotant. Comment vous expliquer cela de manière simple… Disons que Grégoire Delacourt est à la littérature ce que le clignotant est au volant, vous comprenez ? Ce n’est pas lui qui permet de tourner, mais il sait se faire remarquer ; et il permet aussi, à ceux qui ont provoqué un accident, c’est-à-dire à ceux qui n’assument pas d’être peu attentifs, de dire : « Pourtant j’ai mis mon clignotant »

Alors, et pour vous prouver que Grégoire Delacourt est un très bon publiciste (ça énerve toujours les champions de la communication quand on est les appelle des publicistes), sans pour cela lire ses livres en entier parce qu’on a franchement autre chose à lire tellement la vie est plus courte que la liste des emplois fictifs à l’Assemblée Nationale, on va faire comme à notre habitude, on va se contenter de pilonner la première page.

On avait le choix, ce ne sont pas les tracts littéraires que Grégoire Delacourt a écrit qui manquent, mais on a choisi Mon Père (JC Lattès – 2019) parce que déjà il y a une faute sémantique dès le titre, car lorsqu’on cumule deux particularités, à savoir la nullité du style et l’opportunisme du sujet, on dit Ma paire.

On ne reviendra pas sur le sujet de ce dépliant du mauvais goût (un homme qui accuse un curé d’être un pédophile, un curé qui détaille comment il s’y prend pour séduire les petits garçons, mais attention il y a un revirement de dernière minute) et on va tout de suite commenter cette phrase :

« Il y avait cette histoire au catéchisme qui m’avait sérieusement décontenancé quand j’avais 12 ou 13 ans »  

C’est bien connu, quand on a 12 ou 13 ans on se décontenance sérieusement, et souvent en groupe d’ailleurs. Pour être bien certain que Grégoire Delacourt a fait comme nous, qu’il a vérifié le bon choix du verbe, on a regardé dans le Larousse, et on a lu ceci : « Décontenancer, faire perdre contenance à quelqu’un. Ex : démonter » Donc, reprenons, quand on a 12 ou 13 ans on se démonte sérieusement. Voilà. Merci Grégoire pour cette information. Peut-être que les verbes perturber, ou étonner, auraient aussi fonctionné, mais non, ça devait pas faire assez littéraire.

Autre phrase digne d’une accroche publicitaire :

« … ce type, Abraham… » 

…car il vous faudra bien vous mettre ça dans la tête, pour Grégoire Delacourt, le personnage central pour les chrétiens, pour les juifs et pour les musulmans et un « type ». Nous ne savons pas si Grégoire Delacourt aimerait qu’on dise : « Le type qui a écrit Mon père » ; mais lui il dit « le type » en parlant d’un personnage tellement historique que même avec ses lunettes Grégoire Delacourt ne nous fera jamais croire qu’il est un grand écrivain.

Ensuite, Grégoire Delacourt se propose de ré-écrire la Bible, en tous les cas le moment où Abraham (le type, donc) veut sacrifier son fils pour prouver son amour à celui qui lui a suggéré cette offrande, c’est-à-dire Dieu. En quelques lignes, on se prend à croire en lui (pas au type, mais à Dieu), car imaginez deux secondes que Grégoire Delacourt ait été le contemporain d’Abraham (du type donc) et de quel contenu la Bible serait fait ! Ouf ! Voilà bien la preuve que les miracles existent.
La seule phrase :

« Après 3 jours de marche, les voilà presque arrivés… »

…digne d’un conte pour enfants attardés ne vaut le détour que pour rigoler et le sacrifice d’Isaac raconté par G. Delacourt mériterait d’être ré-édité, pas dans un roman contemporain pour adultes, mais dans un livre qui pourrait avoir pour titre : « Martine en vacances avec sa Bible »

À la fin de ce 1er chapitre, d’une longueur estimée, par ceux qui n’ont pas besoin de lire un livre en entier pour comprendre qu’il est nul, à 1 page et demi, vous aurez une explication très détaillée d’un mot très peu utilisé dans le langage courant : le mot silence. Nous tenons là, la preuve de la participation déterminante de G. Delacourt à l’alphabébêtisation des foules, puisqu’après la lecture de ce roman, plus aucun lecteur ne pourra dire : «  Le mot silence ? Je sais vraiment pas à quoi ça sert »
Pour vous faire gagner du temps, on vous retranscrit ici les explications fournies par G. Delacourt au sujet de ce mot si complexe :

1 – Le silence des deux serviteurs : « qui ne disent rien »
2 – Le silence d’Isaac : « qui ne proteste pas », « qui ne crie pas », « qui ne hurle pas », « qui n’exige aucune explication », « qui n’a plus aucun mot », « qui s’est juste tu »

Voilà… Si avec ça vous ne savez toujours pas ce que signifie le mot « silence » c’est à désespérer et à se demander à quoi ça sert que G. Delacourt écrive des livres.
Le plus embêtant, finalement, n’est pas que ce cher Grégoire utilise la littérature pour ré-écrire des passages de la Bible ou expliquer à ses lecteurs un mot du dictionnaire, non ; le plus embêtant c’est que cet auteur ne sache pas le faire ; silence. 

* hommage discret à Victor Hugo qui disait des calembours qu’ils étaient la fiente de l’esprit qui vole.

Quand chat vaut rien, chat vaut rien

Bernard Werber ne sait pas écrire mais ce n’est pas très grave. Il y en a d’autres qui ne savent pas nager et ce n’est pas pour cela qu’ils se noient. Son livre Demain les chats (2016) est nul mais ça peut arriver ; je connais par exemple des gens très bien qui après plusieurs années de natation ne savent pas que le papillon est un Lépidoptère.

On aimerait demander à Bernard Werber pourquoi il a appelé ça Demain les chats et pas Après-demain les poules. Bien sûr que Bernard Werber nous répondrait : « Parce que mon livre parle des chats » mais nous alors on lui demanderait pourquoi Jack London n’a pas intitulé son livre Demain les chiens en écrivant Croc Blanc mais ça nous conduirait à pas d’heure alors que notre objectif, quand même, c’est d’abord de vous donner envie de lire ce grand livre d’humour, celui de Bernard Werber, Jack London ayant beaucoup moins d’humour que lui. Il faut dire que lorsqu’on est occupé à faire de la littérature on ne peut pas aussi perdre son temps à écrire pour faire rire. Nous vous conseillons allègrement, pour bien vous fendre la poire, le passage franchement hilarant au cours duquel un chat explique à un autre chat que l’orifice qu’il a sur le crâne est l’emplacement réservé pour y insérer une clé USB tout en nous étonnant que Dany Boon n’ait pas encore pensé à adapter ce film au cinéma. Bref. Nous voilà déjà à 12 lignes sans avoir pu démontrer que Demain les chats vaut bien une ration de Ronron, alors ce qu’on vous propose (ce qui est une formule très polie mais totalement inutile puisque c’est moi qui commande la bataillon) c’est de vous démontrer, en commentant SEULEMENT la première page, que Bernard Werber est à la littérature ce que les magasins IKEA sont à l’ébénisterie.

Pour les fans du monsieur, ceux qui penseront que les exemples que nous citerons sont des mensonges, que Bernard Werber serait bien incapable d’écrire aussi mal, nous leur conseillons de relire sa première page ; pour les autres, ne relisez rien parce que la vie est courte.

Tout commence dès le titre du chapitre : « Ma quête* ». Comme quoi, on peut aussi écrire comme un pied et être habile de ses mains. Ensuite, c’est parti : «  Depuis ma plus tendre enfance » (n’oublions pas que c’est un chat qui parle). Alors déjà, un chat ayant 7 vies (j’ai vérifié, il paraît que c’est possible si on lui change les piles) j’aimerais que Monsieur Werber nous précise de quelle enfance il parle. Celle de la première vie, de la troisième, ou de la septième ? Sachant que le cliché éculé (tendre enfance) est déjà très mauvais dans un roman qui évoque les humains, alors que dire quand il concerne un chat qui en a sept (d’enfances).

Ensuite, nous avons ceci : « Ce sont toujours des rencontres qui nous changent » ; ben voyons. Et pourquoi pas la crise sanitaire, un crédit refusé par la banque et les impôts qui augmentent ? Quand on affirme que ce sont toujours les rencontres qui changent les gens, il faut le démontrer ; eh bien tenez-vous bien à ce que vous voulez, Bernard Werber nous écrit ceci pour nous expliquer le pourquoi de son affirmation :

« Sans lui, peut-être que je ne serais qu’une chatte comme les autres »

Décryptons toute cela. Si Bernard Werber affirme qu’une chatte, grâce à une rencontre qu’elle aurait faite, ne ressemble pas aux autres chattes qui sont donc toutes pareilles, cela signifie qu’aucune de ces chattes ne pourraient dire qu’elles sont différentes des autres, vous me suivez ? Un peu comme s’il existait sur terre un individu qui ne serait pas comme l’ensemble des autres individus ; le problème, étant que le nombre de personnes qui disent, ou sont convaincues intimement, qu’elles ne ressemblent pas aux autres est difficilement quantifiable, et que surtout l’ADN prouve que tout être vivant est unique… Donc, la chatte de Bernard Werber n’est pas différente des autres chattes, et Bernard Werber nous a donc menti. CQFD. Sauf que ce monsieur pourrait nous opposer un argument à notre démonstration : sa chatte, celle du livre, a une clé USBB sur la tête. C’est vrai. Vous avez compris ce qu’il vous reste à faire, pour ne pas être comme les autres, ne revendiquez pas votre personnalité, faites-vous greffer une clé USB sur le front.

Nous conclurons ce pilonnage par cette phrase : « Toutes les aventures fantastiques qui me sont advenues » ; car il nous semble intéressant de nous arrêter un moment sur le verbe intransitif Advenir pour demander à Bernard Werber s’il sait que même le dictionnaire, qui n’est pourtant pas connu pour être à la pointe de la modernité, qualifie ce verbe de « vieilli et rare » ; dommage pour un livre de science fiction.

Nous aimerions dire haut et fort que le livre de Bernard Werber mérite donc tout notre respect, puisque dès la première page on sait qu’on ne va pas s’ennuyer, mais franchement on a autre chose à faire.

*car comme dit mon voisin : pour ma quête d’avions, il faut de la colle et des bons doigts