D’après une histoire nulle

Alors, désolés de vous l’annoncer, à vous, lycéennes et lycéens de France qui avaient attribué à Delphine de Vigan le prix Goncourt qui porte votre nom, mais elle vous a pris pour des gens atteints de sénilité mentale ce qui, concernant des lycéens, est tout de même courageux de sa part.

Nous savons. En tant que régulièrement outragés par ceux qui nous jugent indignes de pouvoir critiquer un livre, en ayant seulement lu ses premières pages, nous savons que ce n’est jamais facile d’apprendre que l’on a été pris pour ce que l’on n’est théoriquement pas, en l’occurence et vous concernant, par une personne à qui on a remis une récompense (car oui, nous jugeons nos pilonnages dignes de respect puisqu’ils nous obligent à lire des livres que l’on ne prendrait pas la peine en temps normal de considérer dignes de nous faire perdre notre temps). Mais comme dit le proverbe (on en case un dès maintenant parce que de proverbes il en sera beaucoup question par la suite) : vieux motard que jamais1.

Ce qui est dommage, c’est que c’est dès la première page de son roman D’après une histoire vraie que Madame de Vigan – qui est pourtant une personne bien élevée, ne dit-elle pas d’ailleurs à son mari, dès le réveil, qu’il a une grande librairie – que le lecteur un peu attentif peut se sentir offusqué d’être pris pour un abruti.

Delphine de Vigan écrit ceci en introduction de son texte :

« Quelques mois après la parution de mon dernier roman, j’ai cessé d’écrire »

Jusque-là, il n’y a rien dire. Nous pensons que c’est clair pour tout le monde. La situation est limpide : la narratrice n’écrit plus depuis son dernier roman. Mais justement, puisque Delphine de Vigan pense que les personnes qui la lisent sont dotées d’un Qi (Quotient intellectuel) qui ne permettrait pas à une poule de se poser la question si c’est elle qui a commencé ou son œuf, elle précise juste après :

«  Je n’ai pas écrit une ligne »

Certains vont nous rétorquer que Delphine de Vigan est une personne, compte tenu de sa bonne éducation, qui se soucie des lecteurs qui lisent de manière distraite, et que c’est pour ne laisser personne sur le bord du chemin de sa prose qu’elle a fait installer, tels des panneaux publicitaires, des phrases qui doivent répéter plusieurs fois le même message. Si c’est le cas alors on comprend mieux. Parce que juste après, elle a fait poser comme panneau ceci :

« Je n’ai pas écrit une lettre administrative, pas un carton de remerciement, pas une carte postale de vacances2, pas une liste de courses. Rien qui demande un quelconque effort de rédaction »

Bon. Après toutes ces précisons, qui sont données aux lecteurs depuis la première ligne de la première page, vous allez vous imaginer que l’on va enfin pouvoir passer aux choses sérieuses, c’est-à-dire au « pourquoi ? » ; eh bien pas du tout. On vous le dit depuis le début de ce pilonnage, Delphine de Vigan est persuadée que vous êtes atteints d’Atrophie Multisystématisée, ou plus couramment appelée « perte de neurones ».

« Pas une ligne, pas un mot… »

Vous n’avez toujours pas compris ? Vous vous demandez ce que cherche à vous dire Delphine de Vigan ? Rassurez-vous, c’est pas très grave, la prochaine phrase va mieux vous éclairer :

« Le simple fait de tenir un stylo m’apparu de plus en plus difficile »

Toujours pas convaincus ?

«  écrire, je ne pouvais plus »

Encore un petit doute ?

« écrire, c’était non »

Voilà ce qu’on appelle un début de roman qui enfonce le clou. Et que ceux qui oseront dire : «  Elle a quoi, au juste, Delphine de Vigan, dans son roman, comme problème ? » demandent sans attendre à leur député de présenter un texte de loi sur Le droit de mourir dignement quand on ne comprend pas un roman de Delphine de Vigan ; parce que pour eux, c’est grave.

Pour conclure ce pilonnage, nous préciserons que Delphine de Vigan, qui en plus d’être bien élevée et très joueuse, a caché, toujours dans la première page de son roman, un jeu très distrayant. Ce jeu s’intitule : De quoi souffre le malade ? ; et il a beaucoup amusé Sidonie, qui est la fille de notre comptable qui est en CE1 (notre comptable3). La règle du jeu est très simple : Delphine de Vigan a décrit 4 symptômes qui sont tous liés à une maladie ; il suffit donc de trouver laquelle4.

– « La vue d’un carnet me donnait le haut le cœur »

– « J’ai été prise de panique dès que j’ouvrais un document »

– « Mes mains se sont mises à trembler dès que je les approchais d’un clavier »

– « Le simple mot « écrire » suffisait à me nouer l’estomac »

Que celles et ceux qui ont acheté ce livre s’amusent chez eux, car on est certains que Delphine de Vigan a dû cacher bien d’autres énigmes pour vous distraire dans son livre (personnellement on a arrêté de lire à la page 9) ; et laissons plutôt le dernier mot à Sidonie qui, du haut de ses 7 ans, a trouvé la solution du jeu : « Je pense que la dame elle doit souvent aller au cabinet »

Notes :

1 – Comprenez bien sûr, « vaut mieux tard que jamais », mais pour célébrer continuellement les vrais écrivains de manière discrète nous avons décidé de glisser dans nos pilonnages un calembour ridicule en hommage à Victor Hugo qui lui-même en parsemait ses écrits, comme par exemple celui-ci qui est tantôt attribué à Alphonse Allais ou à l’auteur des Misérables, mais qu’importe : « Shakespeare, Shakespeare, on croirait entendre mourir un auvergnat… » ; sans oublier le fameux : « Longtemps je me suis couché de bonne heure », de l’immense Marcel Proust.

2 – Il est vrai qu’on envoie aussi des cartes postales d’un cimetière ou pour annoncer qu’au travail ça se passe bien.

3 – On déconne.

4 – On peut quand même dire merci à cette auteure, car ce n’est pas tous les jours qu’un écrivain nous permet de nous distraire avec un roman, et surtout dès la première page !


Essai transformé ?

Le prix Renaudot Essai de 2018, qui a été attribué sans discussion inutile à Olivia de Lamberterire pour son livre Avec toutes mes sympathie (Stock – 2018), aurait dû s’estampiller Prix Renaudot du cliché ce qui aurait permis à Polaroïd de proposer gratuitement, pour toute pellicule de tristesse achetée, une autre pellicule encore plus triste.

Vous pensez qu’en débutant une critique de la sorte on a décidé de se moquer ? Alors lisez donc plutôt cette phrase tirée du livre de madame de Lamberterire si vous nous prenez pour des plaisantins :

« Recouvert d’une fine pellicule de tristesse, j’allume mon ordinateur »

Mais pour bien comprendre la portée littéraire de cette œuvre, qui est à l’art littéraire ce que Pif était à son gadget, cessons de trop nous faire passer pour des rigolos et concentrons-nous sur ce texte que les spécialistes qualifieront sûrement d’auto-fiction mais le problème est ailleurs ; notamment dans cette prochaine phase :

« Changer de vue, à défaut de changer de vie »

Ou celle-ci qui fait déjà fureur chez les conducteurs de dromadaires du désert de Gobi : 

«  J’ai bossé jusqu’à plus soif… »

Ou cette autre réflexion philosophique au style échevelé qui pourrait, pourquoi pas, servir de sujet principal lors d’un prochain baccalauréat : 

«  Je suis presque heureuse d’avoir encore des poils pubiens »

Mais parce qu’Olivia de Lamberterire n’a pas que des capacités d’écrits vains, que la poésie fait aussi partie de son cheptel de compétences, on vous propose cette autre sentence digne d’une poésie de Gérard de Nerval (quand il était ivre) :

«  Un matin froissé de papier de soie »

Et maintenant pour conclure, pourquoi ne pas profiter de cette dernière citation écrite grâce aux qualités intrinsèques de la très chère Olivia de Lamberterire qui, ne l’oublions pas, est une critique littéraire très reconnue même dans la rue (Le masque et la plume, France 2, le magazine Elle…) qui donne toute l’année son avis sur des livres, et donc qui devait éprouver le désir de se faire elle-même critiquer ; enfin c’est ce qu’on pense. Cette ultime citation va mettre en valeur le sens aigu de la synthèse de cette auteure débutante, c’est-à-dire cette capacité d’exprimer en quelques mots ce que d’autres mettraient une vie à ne pas oser dire :

« les mauvais écrivains me bouffent la vie » 

Le sujet de ce livre ne prêtant pas à rire (il évoque le suicide du frère) il peut inciter à l’indulgence, c’est-à-dire à la complaisance ; mais après réflexion nous nous sommes convaincus que ce n’était pas parce que l’on attribuait le Renaudot Essai à un livre que cet essai était nécessairement réussi.

NB : toutes les phrases citées dans cette critique sont tirées du livre de madame de Lamberterire, si vous ne le croyez pas, et on peut aisément le comprendre, vous n’avez qu’à vérifier, mais franchement, on vous souhaite de nous croire sur parole… 

Fallait oser !

Afin de ne pas laisser à nos contempteurs le monopole du dénigrement (ils nous reprochent de critiquer des livres sans avoir besoin de les lire, c’est fou non ?) nous nous sommes risqués dans une jungle qui semble avoir son petit succès mais qui finalement n’est jamais vraiment explorée en profondeur…

Nous avons ramené de notre aventure quelques perles, et ces découvertes nous auront permis de nous convaincre que décidément, souffrir pour ces quelques babioles est bien inutile. Parfaitement… De ce périple nous retiendrons cette morale : lire plus d’une page de certains livres est inutile pour se convaincre qu’ils sont nuls.

Commençons, à tout seigneur toute horreur, par Grégoire Delacourt qui, dans Les quatre saisons de l’été, roman sorti pour le grand préjudice des arbres en 2015, nous écrit ceci :

«  Les hommes sont des voleurs qui ne gardent pas leur butin »

Remercions donc cet auteur d’avoir utilisé la littérature pour nous proposer ce genre de réflexion, surtout quand on connaît le sujet de son fameux livre, La liste de mes envies ( JC Lattès – 2012), dans lequel le mari partait en voyage, justement, avec le magot volé à sa femme (joueuse de loto)… Faudrait savoir Grégoire.

Poursuivons notre randonnée avec David Foenkinos qui, dans Je vais mieux (roman thérapeutique publié 2013), nous affirme que :

«  On devrait vivre sa vie à l’envers pour ne pas la rater »

Ce qui nous permet de conseiller chaleureusement à ce cher David de peut-être écrire ses prochains livres en commençant par la fin.

Toujours survivants, c’est ensuite un roman d’Agnès Ledig qui s’est mis en travers de notre chemin littéraire. Dans De tes nouvelles (2017) elle se permet de nous proposer une ordonnance que même un sexologue n’aurait pas osé écrire, c’est vous dire comme la littérature est supérieure à la science :

«  Être amoureux, c’est avoir le corps qui vibre et entendre cogner son coeur accroché à un gros élastique solide »

Ce qui, vous en conviendrez, donne envie d’être amoureux, surtout pour l’élastique.

Concernant Thibault de Montaigu, qui a eu droit à un court moment de faiblesse de notre part (nous étions prêts à épargner son dernier opus), on peut affirmer après être sortis indemnes de son livre qu’il est à la littérature ce que les blagues de Toto sont à l’esprit français. On en veut pour preuve ces quelques sentences qui auraient pu sortir tout droit du cerveau d’un primate ce qui, vous en conviendrez, n’est pas charitable envers nos amis les bêtes. Pour vous éviter de perdre votre temps nous vous avons ramené de notre excursion ces quelques preuves de lucidité de l’auteur de La Grâce (2020) dans lequel ce cher Thibault veut nous faire croire que la foi lui est tombée dessus alors que si c’était vrai il nous aurait fait grâce du contenu de sa pensée, en bon chrétien charitable…

« C’est quand tout s’achève que tout commence »

… ou encore pour les anti-conformistes :

« Il faut parfois fermer les yeux pour que vienne la lumière »

… ou pour ceux qui pensent encore que les cheveux ne poussent que sur la tête : 

« Sa tête est toute remplie de cavalcades échevelées »

… ou pour ceux qui ont peur des divorces :

« Les ruptures lui font moins peur que la roulette du dentiste »

… ou pour ceux qui ont peur de grossir :

« Sa largesse fait l’admiration de tous »

… ou pour les mêmes : 

« Le néon accusateur du frigo »

… ou pour ceux qui aiment les douches :

« Il en est inondé de joie »

… et enfin pour ceux qui l’avaient oublié :

« Aussi lourd que du plomb, aussi fluide que de l’eau »

L’anomalie du prix Goncourt

Le prix Goncourt de la première phrase a été attribué à L’anomalie (Gallimard 2020) d’Hervé le Tellier pour une sentence magistrale qui va sûrement donner envie aux pires écrivains du territoire national, et d’ailleurs, n’ayons pas peur des mots, de se mettre à écrire en se disant :

« Si une phrase pareille a eu le Goncourt, pourquoi pas moi ? »

Avant de vous dévoiler ce que les membres de l’Académie Goncourt ont qualifié de « il y avait longtemps qu’on n’avait pas lu une phrase de cette puissance émotionnelle et stylistique » nous conseillons aux parents qui rencontrent des difficultés à élever leurs jeunes enfants, notamment ceux qui se mettent à genoux devant leur progéniture pour leur supplier de lire un livre, et parfois en ces termes : «  Allez ! Merde ! Putain ! Rien qu’une page tous les soirs, c’est rien ! Tu sais ce qu’on m’a fait manger, à moi ? La Princesse de Clèves ! 500 pages sur une gonzesse qui veut et qui veut plus ! Alors ! Tu veux bien ? Hein ? Une page par jour, que le recto… S’il te plaît, pour que je me dise que tous les livres que j’ai achetés depuis 30 ans pourront servir encore… » ; de ne surtout pas leur faire lire ce qui va suivre car ils risquent de perdre définitivement toute leur crédibilité de grandes personnes donneuses de leçons.

Bien… Vous êtes prêts ?

Alors voici la fameuse phrase récompensée par le prix Goncourt de la première phrase…

« Tuer quelqu’un, ça compte pour rien » 

Voilà, voilà.

Un fils à la patte

Le prix Renaudot 2020 a été attribué à Marie-Hélène Lafon pour son livre passionnant sur les métiers du tissage. Cet essai historique au titre évocateur Histoire du fil est édité chez Buchet-Chastel ce qui constitue une information à prendre au premier degré.

Nous sommes heureux de constater que Marie-Hélène Lafon innove enfin avec cette histoire passionnante du fil à travers les âges, qui n’est donc pas un énième roman sur le mutisme des paysans, leurs mains calleuses, le bruit des bûches qui crépitent dans l’âtre des vieilles maisons mal chauffées, et des champs dans la brume. Bravo à elle et vivement son prochain traité écologique dont le titre est tout trouvé : Histoire de la mer.

Au nord, y avait les corps ronds

C’est jamais facile de se dire qu’on va pilonner le livre d’un brave type. Pourtant tout avait bien commencé. Nous avions commencé à lire avec sérieux les premières lignes de Ce qu’il faut de nuit (La manufacture des livres – 2020), nous avions très vite compris que ce roman était à la littérature ce que Les pieds Nickelés sont au grand banditisme (ou Pierre Bachelet à la musique classique) mais ensuite, et malgré toute notre expérience, nous avons commis la boulette. Nous avons confirmé cette pensée du grand Salomon Hezerstein (ce type n’existe mais nous avons besoin d’une citation pour étayer notre propos, alors pour gagner du temps nous allons en inventer une).

Alors bon, comme disait Salomon Hezerstein, ce grand penseur qui devrait être enseigné dès la maternelle tellement il racontait si bien les histoires drôles :

« Éprouver de la pitié, c’est mépriser sans la haine… »  

… ou pour dire les choses plus simplement, admettons que nous avons commis l’irréparable, surtout quand on ne doit pas se poser de questions au moment de détruire la cible qu’on s’est donnée. Pourquoi vous le cacher plus longtemps, nous n’en sommes pas fiers mais les faits sont là : nous avons commis une erreur de débutant ; nous avons bêtement regardé la photo de Philippe Petitmangin.

On sait, on n’aurait pas dû, mais on parle tellement de son livre dans les médias qu’immanquablement nous sommes tombés sur lui ; un peu comme si on nous avait demandé de traverser un champ de mines.

Nous avons d’abord pensé qu’il s’agissait du visage de Pierre Bachelet, juste avant ou juste après avoir pensé à composer Les Corons 2, mais parce que Pierre Bachelet est mort, on a bien été obligé d’admettre que non ; que ce visage si gentil, ce sourire si pertinent, cette humilité, cette sobriété, ce regard mélancolique, n’appartenaient pas à Pierre Bachelet mais au lauréat du prix Fémina des lycéens (ce qui prouve bien que notre jeunesse a encore quelques rebelles dans ses rangs…).

Comment vouliez-vous qu’après ça nous puissions pilonner son livre ?

Alors bon, et ces premières pages, vont nous demander les plus vicieux qui ont déjà compris que si Petitmangin avait été doté par la nature d’un visage moins sympathique il y a longtemps que son livre aurait été pilonné ; eh bien pas grand chose. Sinon quoi ? Vous dire que ce tout petit livre, si fragile, si plein de rien, avec toutes ces petites phrases qui s’enchaînent comme des petits pétards mouillés, ne mérite pas notre mépris mais notre bienveillance, voilà. Nous pensons même que c’est une première dans le métier de critique littéraire : on ne va rien dire sur un livre parce que son auteur à une tête de brave type. On ne peut pas mieux exprimer le sentiment qui nous étreint (tiens, voilà qu’on se met à écrire comme G. Musso)

Maintenant, si vous voulez un vrai conseil, si jamais vous vous demandez si c’est possible qu’un gamin élevé selon des valeurs dites de gauche, par un père cheminot et encarté là où il faut, peut devenir un jour un militant d’extrême droite ; alors lisez plutôt la biographie de François Mitterand qui lui a fait le chemin inverse.

Le complexe du Kangoo roux…

Le problème avec Philippe Besson, c’est que l’on a trop tendance à le confondre (patronymiquement s’entend) avec son presque homonyme Patrick Besson. Pour ne plus se méprendre, on peut par exemple appliquer ce « truc » mnémotechnique suivant (les incultes qui lisent Bernard Werber étant persuadés qu’on dit mémotechnique) : en 2015, Emilie Frèche écrivit un roman « à clé » dans lequel elle osait affirmer que Benoît Parent (initiales inversées de Patrick Besson) était doté d’un membre ridicule, et que dans le même temps l’ADEQSE (l’Association des écrivains qui savent écrire) se refusait de croire qu’une carte de membre au nom de Philippe Besson ait pu exister alors que ce dernier affirmait pourtant l’avoir payée avec les droits d’auteur de son livre Arrête avec tes mensonges (Julliard 2017).

Parfait, maintenant que vous ne confondrez plus entre Patrick et Philippe attaquons nous au dernier roman de Philippe, Le dernier enfant, que nous appellerons Fifi par respect pour la littérature.

Comme d’habitude, vous allez vite comprendre tout l’intérêt de nous faire confiance car si vous nous croyez sur parole, à savoir que tout ce que l’on va vous révéler est contenu dans la 1ère page du roman, vous allez pouvoir vous concentrer sur autre chose qu’à perdre votre temps, et le consacrer à de vrais livres.

Vous démontrer que Fifi est à la littérature ce qu’un bouquet de violette est à une guerre atomique ne sera pas difficile puisque tout commence dès le prologue, au cours duquel notre écrivain cherche en quelques phrases à nous démontrer que le conflit familial est latent. Il prend pour point de départ le refus des parents de « confier le volant » de la Kangoo du magasin à leur fils, qui a pourtant obtenu brillamment son permis de conduire, alors que bien sûr ce jeune-homme se fiche bien qu’on le lui confie ou pas, le volant, lui ce qu’il veut c’est la voiture…
Mais cette évidence semble échapper à Fifi.

Alors bien sûr, quand on désire à ce point la Kangoo de papa, ce n’est pas pour aller frimer devant un bar à la mode, non ; dans le cas présent, c’est pour l’aider à transporter des cartons.
Et vous savez pourquoi ?
On va vous le dire. Enfin, pour être plus précis, on va vous révéler ce qui est écrit dans le livre (cela se passe à la ligne 8 du prologue) et si après ce qu’on va vous dire vous décidez malgré tout de continuer de lire ce livre on peut vous conseiller sans risque le club privé Le Macumba, de Brive la Gaillarde, qui est très réputé pour organiser des soirées sado-maso.
Alors, revenons à cette histoire de cartons à transporter, et la raison qui pousse le fils à demander la Kangoo du magasin. On n’invente rien, c’est écrit tel quel : « Quatre étages sans ascenseur, il ne se rendait pas compte. » Nous avons pourtant lu le carnet d’entretien de la Renault Kangoo de Gilbert, un copain garagiste, mais à aucun moment il n’est fait mention de cette caractéristique technique ; alors mettons cela sur le compte du pouvoir de la fiction.

Pour clore ce prologue, à la tension dramatique aussi forte qu’un discours de crise prononcé par Jean Castex (cette allusion est à prendre au sérieux puisque l’auteur de ce pamphlet anti Kangoo est un intime d’E. Macron), et bien faire comprendre aux lecteurs que Shakespeare n’a pas le monopole du drame familial, notre écrivain (ne riez pas) a choisi cette phrase :

« C’est de cette manière que le drame s’est joué »

Oui, vous avez bien lu. Le drame s’est joué à cause d’un volant de Kangoo que des parents ne veulent pas confier pour porter des cartons sans ascenseur (ce n’est pas moi qui suis confus, c’est Fifi).

Vous pensez qu’arrêter de lire un livre à l’issue du prologue est exagéré ? Soit, alors continuons… Il aurait d’ailleurs été dommage de ne pas lire le 1er chapitre puisque c’est ainsi que nous avons eu la confirmation que Fifi avait un complexe (pas celui du Kangoo roux, grands enfants que vous êtes, toujours à sauter sur le 1er jeu de mots qui se présente…) ; non, le complexe dont on a identifié la présence dans la psychologie de Philippe Besson, est celui du type qui écrit, qui est payé pour ça, qui est invité à la télé pour ça, mais qui aimerait bien qu’on n’oublie pas qu’il est de la même trempe que les génies de la littérature.
Explications :
Lors du prologue, et par bonté d’âme, nous n’avons pas osé comparer l’incipit du Voyage au bout de la nuit de Céline : « Ça a débuté comme ça » avec celui du roman de Fifi : « C’était convenu comme ça » On s’est dit que ce ne serait pas gentil de le soupçonner de pompage déguisé, mais quand on lit les premières lignes du 1er chapitre, le doute n’est plus permis : Fifi est complexé mais il a décidé de se soigner.
Dès les premières lignes du 1er chapitre, il tente de refaire le coup du grand Marcel avec sa madeleine, sauf que lui, Philippe Besson, il choisit les tartines grillées…

« C’est moins bon quand c’est grillé depuis trop longtemps, ça durcit, ça devient sec, on perd tout le plaisir de la mie chaude, moelleuse »

L’intérêt de cette tentative désespérée sera de vous donner envie de relire le chef d’œuvre de Marcel Proust même si nous conseillons aux lecteurs amateurs de Philippe Besson d’y aller doucement pour ne pas provoquer une faille spatio-temporelle (un peu comme celle que peuvent provoquer les fanatiques de Didier Barbelivien quand ils récitent à leur partenaire de vie privée un vers de son cru : « Laisse-toi prendre comme une étoile de mer sur une plage en hiver »)

Mais revenons, pour conclure, au livre de Fifi, car, si les quelques lignes qui suivent le pastiche des madeleines de Proust décrivent comment la mère installe la table du petit déjeuner, une phrase risque de vous sortir de votre léthargie.
Cette phrase la voici :

« En général il tond le dimanche »

Et si cette phrase arrive à point nommé, c’est peut-être parce qu’elle va vous rappeler ce que l’on dit d’un roman qu’il vaut mieux lire dans son lit : qu’il est rasoir.

De grâce…

Nous avions souhaité épargner le lauréat du Prix de Flore 2020 – ce qui aurait d’ailleurs dû nous faire réfléchir – mais finalement on regrette ; et ce n’est pas parce que Thibault de Montaigu a écrit sur l’art de la masturbation, et donc sur sa propre expérience issue d’une pratique semble t-il assidue, que son nouveau livre mérite qu’on se caresse en le lisant. Non. C’est le sujet proposé dans la 4ème de couverture qui nous a paru intéressant à traiter, littérairement s’entend. C’est donc avec curiosité que nous avons commencé notre lecture, tout en espérant que la propension de Thibault de Montaigu à se faire passer pour un dépravé (le fameux cocktail sexe, drogue et Didier Barbelivien) soit moins évidente dans cet opus que dans les précédents de ce jeune-homme de vachement bonne famille.

Le sujet de La Grâce est le suivant : comment, et si peu pourquoi, un jeune-homme complètement obsédé par son nombril et ce qu’il y a dessous, l’esprit entièrement accaparé par l’enquête qu’il mène sur un meurtrier supposé et disparu notoire (en l’occurence le fameux Dupont de Ligonnes, fervent catholique au demeurant) peut-il se retrouver pris dans le tourbillon de LA révélation, au sein même d’un monastère, alors que franchement, à peine guéri d’une dépression, « ça aurait été sympa de me laisser un peu peinard ». L’autre idée du livre, une fois le cas Dupont de Ligonnes expédié dès les premières pages (il faut admettre qu’on ne voit pas trop ce que l’inspecteur Montaigu aurait pu trouver de plus que des enquêteurs plus chevronnés), c’est d’évoquer la vie de l’oncle de l’auteur qui (lui aussi ! Bon sang ! Vous vous rendez compte ?) a été touché par la grâce après une vie dissolue et surtout en faisant pipi sur le bord d’une route comme quoi, comme aurait pu dire le Professeur Choron : « la Foi, c’est plus ce que c’était, et même que c’était mieux avant… »

Bien sûr, pour qu’un tel livre fonctionne, il faut déjà jouer le jeu. C’est-à-dire ne pas dès le départ considérer que Dieu n’existe pas et que les salariés de la religion, en l’occurence dans le livre les catholiques, sont les rois du marketing puisqu’ils ont réussi à vendre un produit qu’ils ne livreront jamais. Non. Il faut pour les septiques, c’est-à-dire les personnes de mauvaise foi, un minimum d’empathie à l’égard de ceux qui baissent les yeux en direction du sol parce qu’ils pensent que du ciel on les regarde de haut.

Alors évidemment, peut-être, et même sûrement, que nous aurions dû rester fidèle à notre principe, celui qui consiste à arrêter de lire au delà de la première page un livre qui, dès la première page, nous informe qu’il a été écrit le coude à la portière. Avec Thibault de Montaigu il suffit d’attendre d’ailleurs la sixième ligne pour commencer à douter de l’intérêt de le lire : « … aux fauteuils toussotant de poussière… » ; tout en sachant que la poésie n’est pas sa seule compétence puisqu’il suffit de patienter jusqu’à la ligne 24 pour qu’il fasse étalage de toute sa culture et de sa créativité à travers ce si fameux cliché, pour lequel Guillaume Musso a pourtant exigé que dorénavant, en tant que premier producteur européen du cliché éculé, il soit rémunéré en droits d’auteur : «  …était comme un poisson dans l’eau… » Mais non. Nous n’avons pas abandonné. Nous avons insisté. Nous étions décidés à épargner ce livre alors nous nous sommes raccrochés à notre curiosité initiale. Et puis surtout nous voulions obtenir la réponse à notre question, nous avions payé pour ça : Comment Thibault de Montaigu va t-il nous décrire cet instant qui fait d’un septique un croyant, et comment cela se ressent intimement ?

On n’a pas été déçus…

Si le sujet est passionnant c’est notamment parce que deux personnages illustres sont déjà « passés là » ; qu’ils sont les « preuves vivantes » que la grâce, ou la foi, ou la révélation, ça peut tomber sur un coin du crâne comme ça et sans prévenir. Le premier, c’est Paul de Tarse, ou Saint Paul pour les intimes de la Bible, qui est tombé de cheval sur la route de Damas et qui après quelques jours d’aveuglement, alors que jusque-là c’était un sale type qui persécutait les disciples de Jésus, s’est proclamé apôtre du fils de Dieu. Le deuxième, c’est Paul Claudel qui s’est considéré « choisi » par Dieu près d’un pilier de Notre Dame ce qui ne l’a pas empêché de laisser sa sœur Camille mourir seule dans un asile et d’abandonner sa dépouille dans une fosse commune pendant que sur le granit de son propre tombeau il faisait graver : Ici reposent les restes et la semence de Paul Claudel… ; selon l’adage plus populaire que chrétien que toute charité bien ordonnée commence par soi-même.

Sachez que le fameux instant de grâce vécu par l’auteur, qui donne quand même son titre à son témoignage, représente seulement quelques lignes dans le livre, et la raison en est simple : c’était le plus compliqué à écrire. Alors n’en voulons pas à Thibault de Montaigu de préférer nous raconter des moments très précis de la vie sexuelle de son oncle que de passer du temps à nous évoquer son propre moment de grâce, on le comprend, c’est plus facile de traiter le sujet qui concerne une « putain de tantouze », d’un obsédé « qui lève des inconnus dans les jardins publics », que celui de comment Dieu vous a pénétré.

Voici d’ailleurs en quelques phrases ce qu’a ressenti Thibault de Montaigu au moment d’être choisi par Dieu, vous verrez, ça donne surtout envie de croire au Père Noël… Pour info, les citations issues du livre du futur évêque de Montaigu sont en bleues comme le ciel.

« Mon corps perdait ses contours… Même le sol sous mes pieds semblait s’être effacé… »

Notre avis : il est intéressant de noter que si Thibault de Montaigu a donc vécu ce moment unique de la disparition non pas de son corps mais de sa périphérie, cette perte ne concerne pas ses pieds.

« Alors j’ai senti en moi un point… »

Notre avis : au point où il en est tout est effectivement possible. Mais cet indice est important, car si dans la journée vous ressentez quelque part en vous l’apparition d’un point dites vous que c’est peut-être Dieu qui cherche à vous dire quelque chose.

«  Dieu était là, à l’intérieur de moi… »

Notre avis : ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, a dit Boileau, alors pourquoi chercher à compliquer la littérature, à convoquer de grandes phrases pour évoquer un constat finalement assez facile à décrire ? Dieu est à l’intérieur de Thibault de Montaigu, un point c’est tout, ne cherchez pas plus loin puisque c’est écrit dans son livre. Il suffit pour cela d’admettre que pour jouer du violon, il faut savoir, mais que pour écrire un roman, c’est pas utile.

« Je me sentais littéralement déchiré de joie… »

Notre avis : Thibault de Montaigu précise « littéralement » ce qui signifie selon le Larousse : « à la lettre, dans un sens strict ». Donc, et puisque toujours selon le Larousse, le verbe Déchirer est ainsi défini (quand il ne concerne pas un morceau de papier) : « Blesser superficiellement une partie du corps en arrachant un peu de peau » on pose une question à l’auteur : « Mais comment tu peux être déchiré de joie puisque tu n’as plus de contours ? » Nous entendons déjà le chef du syndicat des auteurs un peu nuls me répliquer qu’il faut comprendre que tout ceci est symbolique, que c’est l’âme de Thibault de Montaigu qui se déchire, mais ça nous obligerait à définir ce qu’est justement « l’âme » et puisque selon le philosophe de Montaigu une machine à laver en est dotée (c’est ce qu’il écrit dans son livre, on n’invente pas : « La machine à laver a rendu l’âme ») ; nous préférons ne pas passer pour des incultes.

Alors, nous demanderez-vous, pourquoi après tout cela continuer de persister à épargner ce livre ? Par crainte d’être envoyé en enfer ? Pas du tout. Ce que nous considérons respectable dans le projet littéraire (ne riez pas c’est un péché) de Thibault de Montaigu c’est d’avoir poussé le vice, ou plutôt la conviction, de proposer à ses lecteurs de tester leur foi à chaque page, en l’occurence en s’inspirant de ce précepte chrétien imparable : Si on te gifle il ne faut pas répliquer mais tendre l’autre joue ; et avec Thibault de Montaigu, ce ne sont pas moins de 368 gifles que vous recevrez (mais rassurez-vous, en version poche il y aura moins de pages).

Patauger dans la rivière

Il faut imaginer la scène, elle doit se passer dans un bureau de Saint-Germain, tous les employés ont été conviés à prendre une journée de repos, il faut que personne n’écoute aux portes, l’heure est grave, l’ordre du jour a été rédigé par un jeune stagiaire, en quelques mots il est dit : « Trouver un terme qui fasse intelligent pour arrêter qu’on critique les écrivains qui parlent que d’œufs ». Evidemment que le jeune stagiaire aurait dû écrire « d’eux » mais comment à 22 ans, quand on a mis la littérature plus haut que la « bandes-dessinées » et Hara-Kiri, imaginer qu’il existe encore des écrivains qui n’ont pour seul sujet de conversation : leur nombril.
Alors bon, revenons à cette réunion et saluons celui qui a proposé le terme d’« auto-fiction » et regrettons que Gilbert, qui a toujours le mot pour rire pourtant, n’ait pas osé proposer « autophilie du stylo » ou « onanisme du clavier ».
Vous l’aurez compris, quand un écrivain considère que c’est dans son nombril que tous les théorèmes de l’univers sont regroupés, on parle d’« auto-fiction » et non pas de satisfaction de soi ou d’égo démesuré.
Alors bien sûr, j’entends déjà les défenseurs de certains écrivains, prenons par exemple au hasard Bernard Werber, affirmer qu’il ne fait pas dans l’auto-fiction ; ou d’autres me rétorquer que dans toute œuvre littéraire l’écrivain y met une part de soi. Je leur répondrais qu’ils ont raison. Qu’il faut être un ignare pour ne pas savoir que Victor Hugo, dès son plus jeune âge, se roulait dans les ruisseaux, le nez en premier, pour chanter des chansons sur Voltaire (qui rime avec terre), et que la maman de B. Werber lui demandait d’aller faire sa sieste dans une fourmilière, mais dépassons ce débat éculé (qui peut se résumer par la célèbre phrase de Flaubert, « madame Bovary c’est moi ») pour nous concentrer sur l’un de nos plus célèbres directeurs de RTL, celui qui s’est fait une spécialité de son nombril, le parolier le moins connu de Johnny Hallyday, le seul metteur en scène du cinéma français qui a réussi à interdire à Belmondo de faire des cascades, je veux parler de Philippe Labro.
Pourquoi citer ce monsieur (vous avez remarqué, j’ai pas dit écrivain) pour évoquer l’« auto-fiction » ? Parce qu’après avoir parlé de sa jeunesse, de son adolescence, de ses réussites, de ses parents, de ses enfants et surtout de sa dépression nerveuse, sous le titre d’abord refusé de « Martine à la plage malgré sa dépression », Philippe Labro a décidé de ne plus parler de lui. Enfin, pour être plus précis, dans J’irais nager dans plus de rivières, qui est un très joli titre peut-être parce qu’il est emprunté à Jorge Luis Borges (la suite étant : « Si je devais revivre ma vie ») notre ancien journaliste nous propose selon B. Lehut (un employé modèle de RTL) : « …un traité de sagesse… » tout en sachant que le précepte de P. Labro, qui n’est ni Gandhi ni le Dalaï-lama, se résume à apprendre à vivre en se regardant moins le nombril.
Après donc avoir parlé de lui, à travers lui, dans ce livre Philippe Labro a décidé de parler de lui à travers les autres. Je conseille d’ailleurs à ceux qui ne l’ont pas vu, le visionnage de son passage dans l’émission de divertissement animée F. Busnuel, qui pour l’occasion avait rajouté une bague de plus à ses doigts, pour non pas entendre P. Labro nous donner des leçons de modestie mais pour assister au savoureux échange entre lui et Laure Adler qui lui reprochait de ne pas assumer le fait qu’il était vieux (moment mémorable : regardez bien le visage décomposé de P. Labro quand Laure Adler le traite de vieillard) ; avec notamment ces répliques dignes d’une pièce de théâtre de Molière (sans les rimes) qui n’a pas été égalé pour se foutre de la gueule du genre humain et de son nombril : 

– Philippe Labro, vous n’êtes pas mal physiquement…
– Vous non plus ma chère.
– Mais Clint Eastwood il est pas mal non plus…
– Même très bien, oui.
– …

Alors bon, me demanderez-vous : «  Vous l’avez lu ce livre ? », et je vous répondrais : « Bien sûr, mais je me suis arrêté à la première page » Certains vont encore me reprocher : « Mais comment pouvez-vous critiquer ce livre sans le lire ? » ; alors je leur réponds (au présent maintenant pour pas s’emmêler les pinceaux entre futur et conditionnel) qu’il suffit de lire la première page du livre de P. Labro pour affirmer que ce qu’il cherche à nous dire dans son livre, dans ce traité de sagesse (je vous interdis de rire), à savoir qu’en vieillissant il est devenu plus sage et moins orgueilleux, et qu’il faut pour « réussir sa vie » détruire « toutes parts de comédie… » et rester humble, surtout à quelques encablures du grand voyage (rappelons que P. Labro a 84 ans mais qu’il sort beaucoup moins vite son révolver que Clint Eastwood qui en 90) ; eh bien moi je dis que P. Labro a raison mais qu’il n’arrivera pas à me faire croire qu’il a réussi à se rapprocher de la sagesse parce que la preuve je la détiens, et qu’elle est justement lisible dès la première page.

Dans cette première page, P. Labro nous parle d’une enfant de 6 ans (sûrement la sienne) qui par deux fois vient le voir en lui disant : « Protège-moi » alors qu’ils sont sur une plage. P. Labro nous dit qu’ensuite l’enfant tombe malade, et il se reproche donc de ne pas avoir compris ce que lui demandait cette enfant. Il écrit même qu’il pensait qu’elle « exprimait un besoin de caresses… » et non l’intuition de la maladie. C’est-à-dire que voilà, quand P. Labro était un jeune père de famille, quand sa fille lui répétait « protège-moi » il pensait « caresse-moi »… Comment voulez-vous après avoir lu ça que je m’inflige le supplice de lire ce traité de philosophie du parolier de Johnny Hallyday ? Un traité qui est à la sagesse ce que les pâquerettes sont à l’art floral.

Mais parce que c’est Noël et qu’on m’a demandé d’être charitable, je vais dire que P. Labro a eu la chance, ou le mérite, de vivre une vie rêvée (pour rester dans la sphère publique), qu’il a été payé pour voyager, rencontrer des personnalités rares, et que maintenant il devrait arrêter de chercher à donner des leçons ou à nous parler de son nombril. Qu’il aurait dû faire comme un vrai écrivain qu’il admirait, Roman Gary en l’occurrence, qui plutôt que d’écrire un traité de sagesse a préféré résumer sa vie en une phrase : « Je me suis bien amusé » 

Quand Tique

Les amis de la physique quantique estiment possible de modifier l’espace temps en forçant les étudiants à écrire moins bien que Guillaume Musso ce qui provoquerait un stress cérébral apte à dérégler les fuseaux horaires et peut-être même à remettre les pendules à l’heure, non pas uniformément dans l’univers, mais au moins dans le monde des lettres.

Un comité scientifique, composé d’éminents spécialistes nommés par la société qui a accepté d’être un mécène très actif, en l’occurence l’entreprise familiale Raynal & Roquelaure, spécialiste reconnu de la daube à bon marché, a proposé une liste de phrases qui devront être l’objet d’une ré-écriture devant les conduire vers plus d’idiotie.

Les voici, toutes tirées du livre Skidamarink :

« Cette nuit-là, moi qui ne crois en rien, j’ai parlé aux étoiles »

> Conseil pour faire pire : peut-être en élargissant la discussion aux planètes.

« Pour d’obscures raison, elle ne voulait pas que notre histoire se résumât à une simple liaison sexuelle. Au début je crus qu’elle voulait tester la profondeur de mon amour »

> Conseil pour faire pire : conjuguer l’aspect sexuel et la profondeur était déjà risqué, faire pire sera compliqué…

« Le sexe ne m’avait pas rapproché des femmes que j’ai connues »

> Conseil pour faire pire : l’auteur n’a pas osé écrire « mon sexe », pour faire pire osez le faire ! Peut-être même en évoquant la distance à combler (une réponse en centimètres est préconisée).

« Dans l’un des tiroirs de mon bureau, j’ai retrouvé un petit pistolet que m’avait légué mon grand-père, une antiquité datant de la dernière guerre. J’ai mis quelques balles dans le barillet puis j’ai enfoncé dans ma bouche le canon froid. Juste pour voir l’impression que cela me ferait. Bien que l’arme n’eût plus servi depuis des années, en respirant par la bouche, je pouvais encore sentir sur mes lèvres la saveur amère de la poudre. Depuis, je n’ai plus jamais été le même. J’ai vraiment été à deux doigts de tirer, cherchant presque en vain une bonne raison de ne pas le faire. Tout à coup, je me suis revu enfant, avec le pouce dans la bouche et mon hippopotame bleu en peluche dans l’autre main. »

> Conseil pour faire pire : comparer le pouce de l’enfant au canon du révolver, c’est fait, mais alors qu’elle est la symbolique de l’hippopotame bleu ? Voilà une piste intéressante de travail.

POUR INFO : Un syndicat d’étudiants s’est rapidement formé pour dénoncer l’impossibilité de faire pire mais parce que pas grand chose ne peut faire reculer la science, il a été décidé de confier cette mission de ré-écriture aux pensionnaires d’un l’asile d’aliénés.

Le docteur Rambert, le chef du service qui a accepté de se prêter au jeu, a quand même déclaré : « On va leur demander l’impossible, à mes zinzins, mais bon, on va bien voir si mal écrire n’est réservé qu’à certains écrivains. Et puis, si l’objectif de cette expérience est de tenter de dérégler l’espace temps, il ne faut pas hésiter, au vu du contexte actuel… »