Compte de fées

Si les romans de Jean-Baptiste Andréa ressemblent à des crapauds ce n’est pas en les embrassant que vous réussirez à les transformer en quelque chose de plus esthétique. Par contre, en les lisant, les picotements ressentis au niveau des yeux vous feront peut-être apparaître un Prince charmant. On peut toujours espérer car il faut bien admettre que JBA ressemble à un Prince même sans son cheval.

Concernant l’épopée éditoriale de JBA on peut sans risque la comparer à un conte de fée ce qui nous permet d’affirmer que si la valeur n’attend point le nombre des années, le succès en librairie lui, il n’attend pas qu’on sache écrire.

Tout commence en 2017 avec un roman intitulé Ma reine aux éditions Iconoclaste, et voici les prix obtenus par ce crapaud littéraire : Prix Femina des lycéens (mais où va la jeunesse ?), Prix « Envoyé par La Poste » (normal pour des timbrés), Prix Alain Fournier (qui heureusement n’est plus dans sa tombe), Prix fondation Jacqueline Romilly (elle a envoyé un recommandé pour rappeler qu’elle était morte et donc qu’elle n’a pas voté), Prix folio des lycées (décidément), Prix livre Azur (les retraités n’ont rien d’autre à faire que de lire ?), Prix Terre de France (pauvre France), Prix du premier roman de La Forêt des livres (les arbres ne sont donc pas rancuniers), Étoile du « Parisien » du meilleur roman de l’année (Marseille je t’aime), Sélection Talent Cultura (qui est à la librairie ce que les magasins GIFI sont à l’art de la table).

L’intérêt majeur de ce roman est de nous rappeler que Romain Gary (Ajar) avait du génie pendant que JBA n’a pas de talent. Il s’agit en effet de l’histoire d’un garçon, racontée par lui, et qui s’appelle Shell parce qu’il vit dans une station service ; ce détail nous permettant de vous confirmer que JBA a vraiment la conviction de vivre dans un conte de fée puisque rappelez-vous que même Walt Disney donnait des noms à ses personnages en lien avec leur lieu de travail, en l’occurence dans le dessin animé Merlin l’enchanteur, le roi travaille dans un magasin de bricolage (Leroy Merlin).

Dans le livre de JBA, quelques phrases sont à retenir pour bien vous démontrer que les prix littéraires sont généralement attribués par des aveugles (même s’ils peuvent malgré tout écouter des livres audio) et plus récemment par des sourds.

« Le vent hurlait entre mes doigts »

Imaginez l’état des mains du garçon parce qu’un vent qui hurle c’est aussi un bruit qui pète.

« Ma mère m’avait enguirlandé »

Quand on vous disait que R. Gary avait du génie pour inventer le langage d’un gosse qui parle (relisez donc La vie devant soi – Ajar)

Concernant plus précisément cette phrase, voici le résultat d’un sondage effectué auprès d’un échantillon représentatif de la population de je sais plus où et qui vous expliquera mieux le potentiel poétique de JBA car c’est un peu le thème à venir de cette chronique (la poésie).

Donc, à la question posée à 812 garçons âgés de 10 à 12 ans :

« Quand votre mère vous gronde, vous diriez comment qu’elle vous gronde, mais sans utiliser le verbe gronder sinon c’est pas du jeu, alors hein ? »

Voici les réponses obtenues :

  • 33% : elle me fait chier
  • 28% : elle m’engueule
  • 14% : elle me chahute
  • 5% elle me sermonne
  • 4% elle me réprimande
  • 3% elle me tance
  • 2% : elle m’enguirlande
  • 1% elle me rouspète

Voici bien la preuve que JBA est un poète qui aurait pu choisir « rouspète », ce qui aurait été encore plus poétique que « enguirlander » mais on ne va pas se plaindre, sachant qu’ensuite le gamin de 12 ans du livre parle de sa tête en disant « caboche », ce qui est tellement peu réaliste que c’en devient presque littéraire.

On va arrêter là avec Ma reine, qui est à la littérature ce que les pétards de la fête votive de Montagnac sur Oise est au Big-bang, pour vite passer à son deuxième roman paru en 2019 à savoir Cent millions d’années et un jour qui serait même conseillé à certains élèves qui auraient du mal à s’intéresser aux mathématiques tellement il est effrayant.

Nous ne ferons pas cette fois-ci la liste des prix obtenus, mais nous vous proposerons une seule phrase, tirée de la première page de Cent millions d’années et un jour, pour bien vous démontrer que si JBA est beau comme un prince, quand il écrit il doit ressembler à Quasimodo.

« La vallée s’égare comme un sourire de vieillard »

Donc la vallée possède un dentier ?

L’ultime (on paye actuellement un sorcier pour que ce soit vrai) roman de JBA est celui dont le titre est Des diables et des saints. Il a obtenu (un peu de sérieux maintenant) le Prix RTL – Lire (peut-être sur les conseils de Laurent Gerra qui a beaucoup d’humour) et le Prix des lecteurs Relay (vous savez, ce sont ces boutiques de gares dans lesquelles on peut lire gratuitement debout).

Alors, et pour comprendre comment JBA a réussi en trois livres à séduire autant de lecteurs aveugles et sourds de prix littéraires on va tenter de chercher une explication en ne lisant que les trois premières pages de son dernier opus. Pour être efficace, nous avons choisi comme angle d’attaque (nous vous rappelons qu’il s’agit d’un pilonnage) cette évidence : JBA n’est pas un écrivain (ça vous l’avez compris) mais un poète, et on va vous le prouver tout en vous ayant précisé que le narrateur (le « je » du roman donc) joue du piano dans les gares et les aéroports en guettant l’arrivée d’une femme depuis 50 ans (une idée de roman qui lui serait venue après une lecture de la biographie de Richard Clayderman).

Voici donc une sélection de phrases, toute lisibles dès les premières pages…

« Si vous êtes une femme, je sursaute »

La bonne poésie, c’est de faire simple. JBA ne pouvait pas faire plus simple, on dit pas moins idiot, mais plus simple.

« Vous avez mille visages. Je me souviens de chacun, je n’oublie rien »

C’est de la poésie on vous dit. Le narrateur joue et sursaute du piano en regardant toutes les femmes qui s’approchent de lui parce que ça fait des années qu’il en attend une. Ce type n’est pas un pervers qui joue et sursaute du piano en matant les gonzesses qui sont dans les gares, non, c’est un homme normal qui depuis 50 ans attend une femme.

« Vous êtes cette fille aux matins blêmes rebondissant entre la ville et la banlieue »

La bonne poésie se doit de respecter des préceptes. Quand on écrit « les matins blêmes » on est un poète, c’est obligé. Je veux bien admettre qu’une fille qui rebondit entre la ville et la banlieue fait plutôt penser à une joueuse du PSG (l’équipe de foot de la capitale du Quatar) qu’à Rimbaud, mais rien que les mots « matin » et « blême » mis ensemble démontrent que JBA est à la poésie ce que les textes de Didier Barbelivien sont à  l’oreille de Van Gogh (celle qu’il a jetée à la poubelle).

« Les corps qui se déplient et foncent vers le sommeil »

La bonne poésie c’est de vous faire réfléchir, alors réfléchissez un peu. Pendant que le corps fonce vers le sommeil, il fait quoi l’esprit ? Peut-être qu’il dort déjà. Mais alors, s’il dort déjà, comment le corps peut décider tout seul de courir vers le sommeil ? Bon sang ! J’ai compris, c’est ça un somnambule. Un esprit qui dort dans un corps qui court vers le sommeil. Merci JBA.

 « On n’entend pas un génie devenir sourd sans une certaine émotion »

La bonne poésie c’est aussi la modestie. Vous aurez compris que JBA fait allusion à Beethoven, mais peut-être qu’il veut aussi nous exprimer cette idée : « On ne lit pas un mauvais écrivain devenir poète sans une certaine émotion ».  

« Je suppliais ma mère qui fit la sourde oreille »

La bonne poésie c’est aussi avoir le courage de se moquer des autres. Bien sûr qu’en écrivant une phrase aussi nulle JBA se moque de G. Musso et de ses « froid de canard » ou de ses « son cœur battit la chamade » sans oublier ses « il courut à gorge déployée ». Sacré JBA, toujours à se moquer de ses confrères.

« Des années de pluie noire qui m’ont glacé jusqu’aux os »

La bonne poésie c’est donc de se moquer de G. Musso (« glacé jusqu’aux os » ayant d’ailleurs été depuis déposé à l’INPI par Grégoire Delacourt) mais également de nous faire réfléchir, comme on vous l’a déjà dit, et donc là on va vous demander de réfléchir à notre place : Si une pluie noire glace jusqu’aux os, une pluie blanche fait quoi ? Sachant qu’une pluie blanche pourrait être assimilée (poétiquement) à de la neige…

« Il fondit sur le piano sans même s’asseoir »

La bonne poésie, c’est d’avoir de la suite dans les idées. Donc fondre sur un piano comme une pluie blanche qui serait de la neige, c’est posséder une certaine logique. Bravo JBA, ta poésie a fondit sur nous comme une pluie noire.

Voilà.

Nous avons fait le tour (merde, voilà qu’on écrit comme G. Musso, c’est contagieux c’est choses-là) des premières pages (qui, on vous le rappelle, sont rectangulaires, donc faire le tour d’un rectangle est impossible) du dernier (mon Dieu que ce soit vrai) roman (Ah ah ah) de JBA pour les intimes.

On est épuisés d’avoir autant été poétiquement émus, mais il faut savoir ne pas abuser des mauvaises choses.

On vous dit donc à bientôt et surtout on vous encourage à lire le recueil de poésie de JBA car vous allez bien vous marrer à la condition de vous laisser fondre (poétiquement bien sûr, grands enfants que vous êtes).

RiP.

NB : il est à noter que toute cette poésie est à lire dès les premières pages des livres cités, on vous laisse donc imaginer le nombre d’émotions aux mètres carrés dont ces rectangles de pages sont pourvues.


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s