Cul l’eût cru ?

Selon sa biographie officielle Arthur Dreyfus est un garçon de « bonne famille », comme on ne dit plus. Petit-fils de déporté, étudiant en classes préparatoires littéraires au lycée Henry IV (qui objectivement a quand même été l’un des trois meilleurs rois de France), diplômé du CELSA, titulaire d’un Master de marketing (ceci expliquant le reste), et écrivain donc.

Réfractaire à la pudibonderie, comme on ne dit plus non plus, il a également à son actif l’organisation d’un jogging « cul nu » devant le Sénat et il a jugé utile en 2014 d’écrire l’Histoire de ma sexualité (Gallimard) et en 2016, mais cette fois-ci chez le concurrent Grasset, et surtout avec Dominique Fernandez, de l’Académie Française, quand même, merde, faut plus déconner, un livre intitulé Correspondances indiscrètes ce qui, et immédiatement, a provoqué chez nous, et au niveau non pas des sphincters mais des mandibules, des contractions proches du fou-rire car ce livre aurait bien sûr dû s’intituler : Correspondances impudiques puisqu’il aborde notamment, devinez quoi, le sujet de « comment écrire sur le sexe ». Bon. Tout ceci nous semble assez bien poser le bonhomme, il n’y a que sa mère qui ne le comprendrait pas. Elle lui dirait (selon ce qu’on peut lire dans son ramassis de niaiseries) : « Pour toi, le sexe est une chose normale, alors que pour les gens elle ne l’est pas » ; désolés madame, mais pour votre fils, le sexe n’est pas quelque chose de banale sinon pourquoi consacrerait-il tant de temps et tant de livres à en parler ? Hein ? Et toc ! Voilà comment on s’y prend pour ramener au niveau du sol ceux qui pensent que leur trou du cul mérite de figurer dans un livre ensuite classé en littérature.

« Pendant plusieurs années je me suis épuisé à écrire et à baiser. »

C’est bien noté, mais dans quel ordre ?

Puisque ce monsieur est très présent médiatiquement, et qu’il n’a pas besoin de nous pour faire sa promotion, alors on a décidé de pilonner son livre (son livre, entendons-nous bien, rien que son livre) en hommage à cette réflexion d’Umberto Eco qui avait dit, au sujet d’internet, que la vraie révolution avait été de donner la possibilité à des « Trous du cul » de s’exprimer, d’imposer leurs points de vue qui, avant le Web, seraient resté confinés dans le cadre restreint d’une cuisine, d’un plumard, ou d’un troquet, comme on ne dit plus1. Monsieur Dreyfus ayant décidé, lui, de donner la parole à son propre trou du cul non pas par le biais du Web mais de celui de la littérature on vous prévient que son livre est surtout un journal de baises.

« J’ai pris l’habitude d’effectuer des lavements de temps à autre, parfois pour préparer le sexe, parfois pour le sentiment de lavement interne qu’ils procurent »

Propreté bien ordonnée commence par soi-même

Vous apprendrez ainsi dès les premières pages qu’Arthur Dreyfus est propriétaire d’un trou du cul qu’il entretient très régulièrement, contrairement à d’autres trous du cul qu’il fréquente et qui sont moins propres mais monsieur Dreyfus est plutôt conciliant, et puis qu’est-ce qu’on ne ferait pas au nom de la littérature ? L’information qui vous manquera, quand vous aurez refermé ce livre, personnellement ce fut à la page 14, est de savoir si, du vivant de Paul Otchakovsky-Laurens2 un tel ramassis de « culneries » aurait été édité. 

RiP.

1 – Pour les plus tatillons voici les propos exactes tenus par ce grand monsieur : « La télévision a promu l’idiot du village, auquel le spectateur se sentait supérieur. Le drame d’Internet, c’est qu’il est en train de faire de l’idiot du village un porteur de vérité. » ou encore : «  Internet a donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite alors qu’aujourd’hui ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. »

2 – Il s’agit du fondateur – disparu en 2018 – de la maison d’édition P.O.L. Il semble en effet que Gallimard et Grasset n’aient pas souhaité publier le livre d’un trou du cul.

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