D’après une histoire nulle

Alors, désolés de vous l’annoncer, à vous, lycéennes et lycéens de France qui avaient attribué à Delphine de Vigan le prix Goncourt qui porte votre nom, mais elle vous a pris pour des gens atteints de sénilité mentale ce qui, concernant des lycéens, est tout de même courageux de sa part.

Nous savons. En tant que régulièrement outragés par ceux qui nous jugent indignes de pouvoir critiquer un livre, en ayant seulement lu ses premières pages, nous savons que ce n’est jamais facile d’apprendre que l’on a été pris pour ce que l’on n’est théoriquement pas, en l’occurence et vous concernant, par une personne à qui on a remis une récompense (car oui, nous jugeons nos pilonnages dignes de respect puisqu’ils nous obligent à lire des livres que l’on ne prendrait pas la peine en temps normal de considérer dignes de nous faire perdre notre temps). Mais comme dit le proverbe (on en case un dès maintenant parce que de proverbes il en sera beaucoup question par la suite) : vieux motard que jamais1.

Ce qui est dommage, c’est que c’est dès la première page de son roman D’après une histoire vraie que Madame de Vigan – qui est pourtant une personne bien élevée, ne dit-elle pas d’ailleurs à son mari, dès le réveil, qu’il a une grande librairie – que le lecteur un peu attentif peut se sentir offusqué d’être pris pour un abruti.

Delphine de Vigan écrit ceci en introduction de son texte :

« Quelques mois après la parution de mon dernier roman, j’ai cessé d’écrire »

Jusque-là, il n’y a rien dire. Nous pensons que c’est clair pour tout le monde. La situation est limpide : la narratrice n’écrit plus depuis son dernier roman. Mais justement, puisque Delphine de Vigan pense que les personnes qui la lisent sont dotées d’un Qi (Quotient intellectuel) qui ne permettrait pas à une poule de se poser la question si c’est elle qui a commencé ou son œuf, elle précise juste après :

«  Je n’ai pas écrit une ligne »

Certains vont nous rétorquer que Delphine de Vigan est une personne, compte tenu de sa bonne éducation, qui se soucie des lecteurs qui lisent de manière distraite, et que c’est pour ne laisser personne sur le bord du chemin de sa prose qu’elle a fait installer, tels des panneaux publicitaires, des phrases qui doivent répéter plusieurs fois le même message. Si c’est le cas alors on comprend mieux. Parce que juste après, elle a fait poser comme panneau ceci :

« Je n’ai pas écrit une lettre administrative, pas un carton de remerciement, pas une carte postale de vacances2, pas une liste de courses. Rien qui demande un quelconque effort de rédaction »

Bon. Après toutes ces précisons, qui sont données aux lecteurs depuis la première ligne de la première page, vous allez vous imaginer que l’on va enfin pouvoir passer aux choses sérieuses, c’est-à-dire au « pourquoi ? » ; eh bien pas du tout. On vous le dit depuis le début de ce pilonnage, Delphine de Vigan est persuadée que vous êtes atteints d’Atrophie Multisystématisée, ou plus couramment appelée « perte de neurones ».

« Pas une ligne, pas un mot… »

Vous n’avez toujours pas compris ? Vous vous demandez ce que cherche à vous dire Delphine de Vigan ? Rassurez-vous, c’est pas très grave, la prochaine phrase va mieux vous éclairer :

« Le simple fait de tenir un stylo m’apparu de plus en plus difficile »

Toujours pas convaincus ?

«  écrire, je ne pouvais plus »

Encore un petit doute ?

« écrire, c’était non »

Voilà ce qu’on appelle un début de roman qui enfonce le clou. Et que ceux qui oseront dire : «  Elle a quoi, au juste, Delphine de Vigan, dans son roman, comme problème ? » demandent sans attendre à leur député de présenter un texte de loi sur Le droit de mourir dignement quand on ne comprend pas un roman de Delphine de Vigan ; parce que pour eux, c’est grave.

Pour conclure ce pilonnage, nous préciserons que Delphine de Vigan, qui en plus d’être bien élevée et très joueuse, a caché, toujours dans la première page de son roman, un jeu très distrayant. Ce jeu s’intitule : De quoi souffre le malade ? ; et il a beaucoup amusé Sidonie, qui est la fille de notre comptable qui est en CE1 (notre comptable3). La règle du jeu est très simple : Delphine de Vigan a décrit 4 symptômes qui sont tous liés à une maladie ; il suffit donc de trouver laquelle4.

– « La vue d’un carnet me donnait le haut le cœur »

– « J’ai été prise de panique dès que j’ouvrais un document »

– « Mes mains se sont mises à trembler dès que je les approchais d’un clavier »

– « Le simple mot « écrire » suffisait à me nouer l’estomac »

Que celles et ceux qui ont acheté ce livre s’amusent chez eux, car on est certains que Delphine de Vigan a dû cacher bien d’autres énigmes pour vous distraire dans son livre (personnellement on a arrêté de lire à la page 9) ; et laissons plutôt le dernier mot à Sidonie qui, du haut de ses 7 ans, a trouvé la solution du jeu : « Je pense que la dame elle doit souvent aller au cabinet »

Notes :

1 – Comprenez bien sûr, « vaut mieux tard que jamais », mais pour célébrer continuellement les vrais écrivains de manière discrète nous avons décidé de glisser dans nos pilonnages un calembour ridicule en hommage à Victor Hugo qui lui-même en parsemait ses écrits, comme par exemple celui-ci qui est tantôt attribué à Alphonse Allais ou à l’auteur des Misérables, mais qu’importe : « Shakespeare, Shakespeare, on croirait entendre mourir un auvergnat… » ; sans oublier le fameux : « Longtemps je me suis couché de bonne heure », de l’immense Marcel Proust.

2 – Il est vrai qu’on envoie aussi des cartes postales d’un cimetière ou pour annoncer qu’au travail ça se passe bien.

3 – On déconne.

4 – On peut quand même dire merci à cette auteure, car ce n’est pas tous les jours qu’un écrivain nous permet de nous distraire avec un roman, et surtout dès la première page !


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