Le complexe du Kangoo roux…

Le problème avec Philippe Besson, c’est que l’on a trop tendance à le confondre (patronymiquement s’entend) avec son presque homonyme Patrick Besson. Pour ne plus se méprendre, on peut par exemple appliquer ce « truc » mnémotechnique suivant (les incultes qui lisent Bernard Werber étant persuadés qu’on dit mémotechnique) : en 2015, Emilie Frèche écrivit un roman « à clé » dans lequel elle osait affirmer que Benoît Parent (initiales inversées de Patrick Besson) était doté d’un membre ridicule, et que dans le même temps l’ADEQSE (l’Association des écrivains qui savent écrire) se refusait de croire qu’une carte de membre au nom de Philippe Besson ait pu exister alors que ce dernier affirmait pourtant l’avoir payée avec les droits d’auteur de son livre Arrête avec tes mensonges (Julliard 2017).

Parfait, maintenant que vous ne confondrez plus entre Patrick et Philippe attaquons nous au dernier roman de Philippe, Le dernier enfant, que nous appellerons Fifi par respect pour la littérature.

Comme d’habitude, vous allez vite comprendre tout l’intérêt de nous faire confiance car si vous nous croyez sur parole, à savoir que tout ce que l’on va vous révéler est contenu dans la 1ère page du roman, vous allez pouvoir vous concentrer sur autre chose qu’à perdre votre temps, et le consacrer à de vrais livres.

Vous démontrer que Fifi est à la littérature ce qu’un bouquet de violette est à une guerre atomique ne sera pas difficile puisque tout commence dès le prologue, au cours duquel notre écrivain cherche en quelques phrases à nous démontrer que le conflit familial est latent. Il prend pour point de départ le refus des parents de « confier le volant » de la Kangoo du magasin à leur fils, qui a pourtant obtenu brillamment son permis de conduire, alors que bien sûr ce jeune-homme se fiche bien qu’on le lui confie ou pas, le volant, lui ce qu’il veut c’est la voiture…
Mais cette évidence semble échapper à Fifi.

Alors bien sûr, quand on désire à ce point la Kangoo de papa, ce n’est pas pour aller frimer devant un bar à la mode, non ; dans le cas présent, c’est pour l’aider à transporter des cartons.
Et vous savez pourquoi ?
On va vous le dire. Enfin, pour être plus précis, on va vous révéler ce qui est écrit dans le livre (cela se passe à la ligne 8 du prologue) et si après ce qu’on va vous dire vous décidez malgré tout de continuer de lire ce livre on peut vous conseiller sans risque le club privé Le Macumba, de Brive la Gaillarde, qui est très réputé pour organiser des soirées sado-maso.
Alors, revenons à cette histoire de cartons à transporter, et la raison qui pousse le fils à demander la Kangoo du magasin. On n’invente rien, c’est écrit tel quel : « Quatre étages sans ascenseur, il ne se rendait pas compte. » Nous avons pourtant lu le carnet d’entretien de la Renault Kangoo de Gilbert, un copain garagiste, mais à aucun moment il n’est fait mention de cette caractéristique technique ; alors mettons cela sur le compte du pouvoir de la fiction.

Pour clore ce prologue, à la tension dramatique aussi forte qu’un discours de crise prononcé par Jean Castex (cette allusion est à prendre au sérieux puisque l’auteur de ce pamphlet anti Kangoo est un intime d’E. Macron), et bien faire comprendre aux lecteurs que Shakespeare n’a pas le monopole du drame familial, notre écrivain (ne riez pas) a choisi cette phrase :

« C’est de cette manière que le drame s’est joué »

Oui, vous avez bien lu. Le drame s’est joué à cause d’un volant de Kangoo que des parents ne veulent pas confier pour porter des cartons sans ascenseur (ce n’est pas moi qui suis confus, c’est Fifi).

Vous pensez qu’arrêter de lire un livre à l’issue du prologue est exagéré ? Soit, alors continuons… Il aurait d’ailleurs été dommage de ne pas lire le 1er chapitre puisque c’est ainsi que nous avons eu la confirmation que Fifi avait un complexe (pas celui du Kangoo roux, grands enfants que vous êtes, toujours à sauter sur le 1er jeu de mots qui se présente…) ; non, le complexe dont on a identifié la présence dans la psychologie de Philippe Besson, est celui du type qui écrit, qui est payé pour ça, qui est invité à la télé pour ça, mais qui aimerait bien qu’on n’oublie pas qu’il est de la même trempe que les génies de la littérature.
Explications :
Lors du prologue, et par bonté d’âme, nous n’avons pas osé comparer l’incipit du Voyage au bout de la nuit de Céline : « Ça a débuté comme ça » avec celui du roman de Fifi : « C’était convenu comme ça » On s’est dit que ce ne serait pas gentil de le soupçonner de pompage déguisé, mais quand on lit les premières lignes du 1er chapitre, le doute n’est plus permis : Fifi est complexé mais il a décidé de se soigner.
Dès les premières lignes du 1er chapitre, il tente de refaire le coup du grand Marcel avec sa madeleine, sauf que lui, Philippe Besson, il choisit les tartines grillées…

« C’est moins bon quand c’est grillé depuis trop longtemps, ça durcit, ça devient sec, on perd tout le plaisir de la mie chaude, moelleuse »

L’intérêt de cette tentative désespérée sera de vous donner envie de relire le chef d’œuvre de Marcel Proust même si nous conseillons aux lecteurs amateurs de Philippe Besson d’y aller doucement pour ne pas provoquer une faille spatio-temporelle (un peu comme celle que peuvent provoquer les fanatiques de Didier Barbelivien quand ils récitent à leur partenaire de vie privée un vers de son cru : « Laisse-toi prendre comme une étoile de mer sur une plage en hiver »)

Mais revenons, pour conclure, au livre de Fifi, car, si les quelques lignes qui suivent le pastiche des madeleines de Proust décrivent comment la mère installe la table du petit déjeuner, une phrase risque de vous sortir de votre léthargie.
Cette phrase la voici :

« En général il tond le dimanche »

Et si cette phrase arrive à point nommé, c’est peut-être parce qu’elle va vous rappeler ce que l’on dit d’un roman qu’il vaut mieux lire dans son lit : qu’il est rasoir.

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