Le syndrome du clignotant

Grégoire Delacourt est meilleur à l’oral qu’à l’écrit. Il suffit de l’écouter parler de lui et de ses livres pour s’en convaincre. Pour comprendre ce phénomène fascinant, qui fait d’un « beau » parleur un écrivain à la mode (beau est entre guillemets car tous les goûts sont dans la rature*), il faudra vous « plonger » dans la biographie de l’auteur (plonger est entre guillemets parce que dans les livres de Grégoire Delacourt le risque de noyade est réel). Mais parce que nous savons prendre soin des gens qui nous lisent, on a plongé pour vous, et on a compris pourquoi celui qui écrivait comme un « pied » pouvait être aussi fort avec la bouche (pied est entre guillemets parce qu’il y en a qui se perdent là où on pense) ; tout simplement parce que le monsieur est un professionnel de la publicité et, comme tous les professionnels de ce secteur d’activité, qu’il sait faire croire que ce dont vous vous étiez passé toute votre vie est en réalité un bien de consommation « courante »  de première nécessité (courante est entre guillemets car en lisant un livre de G. Delacourt on peut avoir mal au ventre). Pour rattacher cela à notre propos, disons que Grégoire Delacourt a réussi à faire croire que la littérature avait autant besoin de ses livres que ceux de Victor Hugo, ou plus proche de nous de ceux de Romain Gary/Ajar, ou encore plus proche de nous de ceux d’Elena Ferrante, ou bien plus proche de nous encore, de ceux de Virginie Grimaldi ; mais là on déconne. C’est ce qu’on appelle en conduite automobile le syndrome du clignotant. Comment vous expliquer cela de manière simple… Disons que Grégoire Delacourt est à la littérature ce que le clignotant est au volant, vous comprenez ? Ce n’est pas lui qui permet de tourner, mais il sait se faire remarquer ; et il permet aussi, à ceux qui ont provoqué un accident, c’est-à-dire à ceux qui n’assument pas d’être peu attentifs, de dire : « Pourtant j’ai mis mon clignotant »

Alors, et pour vous prouver que Grégoire Delacourt est un très bon publiciste (ça énerve toujours les champions de la communication quand on est les appelle des publicistes), sans pour cela lire ses livres en entier parce qu’on a franchement autre chose à lire tellement la vie est plus courte que la liste des emplois fictifs à l’Assemblée Nationale, on va faire comme à notre habitude, on va se contenter de pilonner la première page.

On avait le choix, ce ne sont pas les tracts littéraires que Grégoire Delacourt a écrit qui manquent, mais on a choisi Mon Père (JC Lattès – 2019) parce que déjà il y a une faute sémantique dès le titre, car lorsqu’on cumule deux particularités, à savoir la nullité du style et l’opportunisme du sujet, on dit Ma paire.

On ne reviendra pas sur le sujet de ce dépliant du mauvais goût (un homme qui accuse un curé d’être un pédophile, un curé qui détaille comment il s’y prend pour séduire les petits garçons, mais attention il y a un revirement de dernière minute) et on va tout de suite commenter cette phrase :

« Il y avait cette histoire au catéchisme qui m’avait sérieusement décontenancé quand j’avais 12 ou 13 ans »  

C’est bien connu, quand on a 12 ou 13 ans on se décontenance sérieusement, et souvent en groupe d’ailleurs. Pour être bien certain que Grégoire Delacourt a fait comme nous, qu’il a vérifié le bon choix du verbe, on a regardé dans le Larousse, et on a lu ceci : « Décontenancer, faire perdre contenance à quelqu’un. Ex : démonter » Donc, reprenons, quand on a 12 ou 13 ans on se démonte sérieusement. Voilà. Merci Grégoire pour cette information. Peut-être que les verbes perturber, ou étonner, auraient aussi fonctionné, mais non, ça devait pas faire assez littéraire.

Autre phrase digne d’une accroche publicitaire :

« … ce type, Abraham… » 

…car il vous faudra bien vous mettre ça dans la tête, pour Grégoire Delacourt, le personnage central pour les chrétiens, pour les juifs et pour les musulmans et un « type ». Nous ne savons pas si Grégoire Delacourt aimerait qu’on dise : « Le type qui a écrit Mon père » ; mais lui il dit « le type » en parlant d’un personnage tellement historique que même avec ses lunettes Grégoire Delacourt ne nous fera jamais croire qu’il est un grand écrivain.

Ensuite, Grégoire Delacourt se propose de ré-écrire la Bible, en tous les cas le moment où Abraham (le type, donc) veut sacrifier son fils pour prouver son amour à celui qui lui a suggéré cette offrande, c’est-à-dire Dieu. En quelques lignes, on se prend à croire en lui (pas au type, mais à Dieu), car imaginez deux secondes que Grégoire Delacourt ait été le contemporain d’Abraham (du type donc) et de quel contenu la Bible serait fait ! Ouf ! Voilà bien la preuve que les miracles existent.
La seule phrase :

« Après 3 jours de marche, les voilà presque arrivés… »

…digne d’un conte pour enfants attardés ne vaut le détour que pour rigoler et le sacrifice d’Isaac raconté par G. Delacourt mériterait d’être ré-édité, pas dans un roman contemporain pour adultes, mais dans un livre qui pourrait avoir pour titre : « Martine en vacances avec sa Bible »

À la fin de ce 1er chapitre, d’une longueur estimée, par ceux qui n’ont pas besoin de lire un livre en entier pour comprendre qu’il est nul, à 1 page et demi, vous aurez une explication très détaillée d’un mot très peu utilisé dans le langage courant : le mot silence. Nous tenons là, la preuve de la participation déterminante de G. Delacourt à l’alphabébêtisation des foules, puisqu’après la lecture de ce roman, plus aucun lecteur ne pourra dire : «  Le mot silence ? Je sais vraiment pas à quoi ça sert »
Pour vous faire gagner du temps, on vous retranscrit ici les explications fournies par G. Delacourt au sujet de ce mot si complexe :

1 – Le silence des deux serviteurs : « qui ne disent rien »
2 – Le silence d’Isaac : « qui ne proteste pas », « qui ne crie pas », « qui ne hurle pas », « qui n’exige aucune explication », « qui n’a plus aucun mot », « qui s’est juste tu »

Voilà… Si avec ça vous ne savez toujours pas ce que signifie le mot « silence » c’est à désespérer et à se demander à quoi ça sert que G. Delacourt écrive des livres.
Le plus embêtant, finalement, n’est pas que ce cher Grégoire utilise la littérature pour ré-écrire des passages de la Bible ou expliquer à ses lecteurs un mot du dictionnaire, non ; le plus embêtant c’est que cet auteur ne sache pas le faire ; silence. 

* hommage discret à Victor Hugo qui disait des calembours qu’ils étaient la fiente de l’esprit qui vole.

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